Chroniques littéraires
février 10, 2019

Le fameux pèlerinage japonais aux 88 temples

Le fameux pèlerinage japonais aux 88 temples

“Marcher à Shikoku revient à faire un pas de côté, sortir du puissant courant qui, trop souvent, si nous n’y prenons garde, nous emporte contre notre gré.”

Dans ce premier livre, Le pèlerin de Shikoku, Thierry Pacquier partage son expérience sur ce pèlerinage japonais de 1200 kilomètres qui trace les contours de l’île de Shikoku en reliant 88 temples. Raconter les journées de marche qui se suivent selon une routine répétitive n’est pas un exercice facile. Le nom des temples honorés par le henro au fur et à mesure de son avancée marquent la chronologie, derrière un récit thématique composé d’anecdotes (et certains passages m’ont fait rire toute seule à voix haute), de descriptions, d’histoire et de réflexions personnelles. A la manière d’une respiration, des haïkus du poète japonais Santōka Taneda (1882-1940) ponctuent cette narration détaillée qui se charge parfois d’un surplus d’explications. L’ensemble forme un témoignage instructif sur la progression (physique et spirituelle) du pèlerin, et le mode de vie local.

Avant/Après

Par curiosité, sur les conseils d’un ami qui lui dit “Ça m’a changé la vie”, il tâte du bout du pied les premiers kilomètres avant de se laisser entrainer, aspiré dans cette spirale ascétique qu’il aura beaucoup de peine à quitter. Au retour, “je ne voulais pas y croire, mais ça m’a marqué, il s’est passé quelque chose”, dit-il. Ce pèlerinage a des pouvoirs bien mystérieux diront ceux qui sont passés par là, comme tous ceux qui ne le quitteront jamais… Les moines errants, henro éternels, sont nombreux à tourner sans cesse, subsistant grâce à l’aumône des habitants.

Immersion culturelle

Lors de cette expérience en terre nippone, l’imprégnation de l’île vis-à-vis des henro le marque. Celui qui revêt la blouse blanche et le bâton du pèlerin entre dans un univers particulier où le rapport avec l’autre n’est que déférence, bienveillance et générosité. Dans le regard des locaux, il est pèlerin, avant d’être étranger. La barrière linguistique ne le gêne pas. Préférant les sens aux mots, ressentir de manière intuitive plutôt que d’intellectualiser, “ce n’est pas par hasard si la méditation me plait” dit-il.

Entre ville et nature

Les temples, au milieu de grands parcs, constituent des haltes apaisantes pour le pèlerin fatigué. Mais ce chemin n’est pas que nature. En fait, il y a pas mal d’asphalte, me dit Thierry. Si des alternatives aux artères principales existent, le passage dans certaines villes est obligé. Il ne reste plus qu’à entrer “dans une espèce de bulle méditative, avant d’enlever tous les filtres une fois en pleine campagne”. Il observe d’ailleurs une frontière très nette entre la ville et la pleine nature, inchangée depuis des siècles, qui se découvre dès que le relief s’accentue.

Équilibre parfait

“ce qui rend cet instant si fort et si intense, c’est ma présence totale à ces quelques minutes […]. Je me sens incroyablement libre, rien ne m’attache, je suis léger, disponible à tout. […] Il y a parfois comme cela des moments de bonheur qui s’improvisent, qui s’invitent.”

Né au Maroc, kinésithérapeuthe à La Réunion puis en Nouvelle-Calédonie, voyageur insatiable, Thierry embrasse aujourd’hui une vie nomade en quête de ces moments d’harmonie parfaite. Une manière de donner un sens aux voyages, et le sujet de son prochain livre ? A suivre…


Le pèlerin de Shikoku, de Thierry Pacquier (2018) est en vente sur le site des éditions Transboréal.


Conseil aux futurs marcheurs : “Prendre une paire de baskets toutes simples (pas de gore-tex) deux tailles au-dessus”. En effet, sur l’asphalte, en plus de la chaleur, l’effort répété fait gonfler toutes les petits articulations du pied. Être mal équipé et c’est le risque de blessures douloureuses…

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One comment on “Le fameux pèlerinage japonais aux 88 temples”

  1. Gerard Denoual dit :

    Inspirant. Un lecture à faire. Merci Lauren.

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