Carnet de voyage
août 30, 2020

Le Tour du Mont-Blanc en 10 jours d’enchantement

Le Tour du Mont-Blanc en 10 jours d’enchantement

Chaque année, une foule d’admirateurs chemine à distance respectueuse de ses 4810 mètres, passant de la France à l’Italie, puis de la Suisse retour en France, tournant tantôt dans un sens ou dans l’autre, perdant parfois de vue sa cime enneigée au détour du massif pour la retrouver avec éclat au col frontière suivant.

Le premier pas…

“Je vais faire le tour du Mont Blanc !”

Il y a de ces idées si bien accrochées qu’on ne peut s’en défaire qu’en les mettant à exécution. Après deux ans et demie de vie parisienne et un confinement au décor d’asphalte, j’ai rendu les clefs et je suis partie marcher. Je voulais une expérience à la hauteur du manque d’espace et de nature caractéristique de nos milieux urbains. Que ce soit fort et grand, que j’en oublie de penser tant mon corps se ferait présent.

Nuits en refuge et jours au grand air

J’ai additionné les heures et les kilomètres, calculé et recalculé chaque étape, ajusté l’itinéraire à la disponibilité des refuges, et bien vite j’ai senti l’appréhension rejoindre l’excitation. Suis-je vraiment capable de marcher 5 à 8 heures quotidiennement pendant 10 jours consécutifs, sans parler du relief ? Parviendrai-je au bout d’une journée entière de randonnée totalisant 1900 mètres de dénivelées positives pour parer au manque de gîte ? Je m’étais entrainée, un peu ; mais prépare-t-on sérieusement le corps à un tel exercice aux bords de la Seine…

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Col de Balme

C’est lourd, c’est dur, c’est haut !

Insomnie à la veille du grand jour. Je ne pars pas seule mais seules mes jambes me porteront. Cette fois (après une semaine sur le chemin de Compostelle l’an passé), je choisis d’emporter mon reflex, porté en harnais sous les bretelles d’un sac-à-dos pesant bien que délesté du superflu (j’oublie alors qu’il faut l’ajuster sur les hanches pour soulager le haut du dos). Au départ des Houches, l’ascension du col du Tricot me fait douter. Mes épaules grincent. Je réajuste l’appareil, m’entête un peu, hésite à le garder, mais au matin du troisième jour, passage du col des Fours, l’émerveillement félicite ma décision.

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Lac Blanc

Randonnée au pays des montagnes majestueuses

Chaque sommet, col et vallée offert au regard sous un ciel limpide appelle une photo. Les yeux bien ouverts, je guette les points de vue, un regard en arrière, une meilleure prise, et la déception de ne pas retranscrire la beauté des lieux avec suffisamment de justesse. On s’extasie de ce paysage minéral découpé dans le ciel ; désert d’altitude où la biodiversité fleurit entre la roche. Glaciers surexposés, montagnes ombragés, rares sont les photos aussi époustouflantes que la proximité vécue auprès de ces monuments de pierre qui surplombent les sentiers et pâturages coiffés de leurs bonnets de neige.

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Col de la Seigne

Reconnexion sauvage

La faune se fait discrète, peut-être à cause de la chaleur. Un pan de glacier s’effondre parfois à grands fracas, suivi du passage en repérage d’un avion certainement alerté par les capteurs. Quelques hermines au pelage d’été s’élancent entre les pierres, des marmottes se promènent le ventre à terre entre les fleurs alpines et les buissons de myrtilles quand d’autres sifflent les rapaces. Les chemins sont exceptionnellement peu fréquentés en cette période si particulière. Et lors des nuits sans orage, je retrouve enfin les étoiles – perdues sous un voile laiteux, je les avais tant cherchées dans la capitale…

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Lacs des Chéserys

Nature et mouvements

Je marche sur mes pensées et le mental se tait. Un pas, un autre pas. Une mécanique s’enclenche. A l’affût du temps présent, attentive à ma respiration et à la beauté des lieux, je trouve la paix. Méditation marchée. La fatigue s’accumule, difficilement soulagée par un sommeil léger en refuge. Au réveil, chevilles et genoux se font douloureusement sentir. Le visage sous un jet d’eau glacée et nous revoilà déjà sur le chemin à 8 heures tapantes. La marche distille son cocktail d’adrénaline et d’hormones euphorisantes. D’un pas alerte, j’entre dans une nouvelle journée.


PARTAGE D’EXPERIENCE & CONSEILS

 

    Je vous partage ici l’itinéraire effectué et les étapes (choisies pour la qualité des refuges mais parfois aussi en fonction des disponibilités) avec quelques conseils. Outre le TopoGuide du GR TMB, je me suis procurée le Trek Magazine n°177 pour son dossier spécial “Tour du Mont-Blanc” avec de nombreuses variantes au tracé usuel (col de Voza, col des Fours, Tête Bernarda, etc.). Et bien sûr, le site de référence du TMB : AutourDuMontBlanc.com.

    EQUIPEMENT

    J’ai fait ce tour avec des chaussures basses Scarpa mojito, un sac-à-dos Millet Gokyo 40 et des bâtons Giudetti 3 brins avec système de serrage Easy Lock (un peu déçue par ces derniers qui ne vissent pas suffisamment bien : il m’est arrivé plusieurs fois de les réajuster car ils coulissaient tout seul d’un coup si je prenais un peu trop appui dessus). Prévoir des vêtements de rechange bien chaud pour le refuge, et des crocs ou équivalents (pour garder des chaussettes au pied). Par contre, les nuits confinées en dortoir sont plutôt chaudes : un drap de soie et un sac de couchage confort +10°C suffisent largement.

    NOURRITURE ET RAVITAILLEMENT

    Concernant la nourriture, ce qui nous a particulièrement marqué, ce sont les petits déjeuners, copieux et équilibrés sur les tables suisses, très (trop) sucrés en France, et plutôt maigres et décevants en Italie (prévoir des provisions, par exemple du pain complet qui se conserve plusieurs jours). Je me souviens d’avoir croisé seulement une ferme d’alpage vendant ses fromages, juste avant le refuge des Mottets. Il est possible de se ravitailler aux Contamines, à Courmayeur (attention, c’est cher), à la Fouly et à Champex. La plupart des refuges propose des pique-niques même si, personnellement, je me suffisais à midi de ma grande réserve de fruits secs et de noisettes, et parfois d’un morceau de pain et de saucisson.

    ITINERAIRE ET GITES D’ETAPE

    1. Départ depuis Les Houches, variante par le col de Voza et nuit aux chalets de Miage (coup de coeur).
    2. Refuge du Nant Borrant (le refuge de la Balme aurait été préférable, mais complet).
    3. Variante par le col des Fours, magnifique ! Nuit au refuge des Mottets (attention, mieux vaut prendre une chambre car les dortoirs sont exagérément étroits).
    4. Très longue étape. Je conseille de descendre sur Courmayeur en télécabines depuis Praz-Neyron pour se ménager un peu avant la remontée, surtout que le chemin en lacets n’a vraiment rien d’attrayant. Nuit au refuge Bertone.
    5. Très longue étape. L’idéal aurait été de prendre la variante par la Tête Bernarda et de passer la nuit au refuge Elena (fermé), car l’ascension du Grand col Ferret en fin de journée est éprouvante. Nuit au gîte de la Léchère (coup de coeur).
    6. Beaucoup de randonneurs prennent ici le bus jusqu’à Champex, et pourtant, cette randonnée de 4-5h vaut certainement le coup. Nuit au B&B La Grange (coup de coeur).
    7. L’accumulation de la fatigue et une météo mitigée nous pousse à renoncer à la fenêtre d’Arpette (variante) mais je n’ai pas été déçue, le tracé originel est vraiment très joli avec des passages en forêt et de beaux points de vue. Par contre, si nous avions su, nous aurions réservé plutôt au refuge du col de Balme pour que l’étape soit un peu plus longue. Ici, nuit au gîte Alpage de la Peule (très bon refuge).
    8. Au niveau du col de Balme, faire un détour jusqu’au sommet de la Croix de fer puis rejoindre Tré-le-champ par le tracé usuel via l’Aiguillette des Posettes. Nuit à l’auberge La Boerne (très bon refuge).
    9. Petite étape. Montée au lac Blanc et nuit à La Flégère.
    10. Dernière journée de marche jusqu’aux Houches. Attention à ne pas se perdre dans les pierriers, cette dernière étape m’a semblé moins bien indiquée.

    Si vous avez déjà fait le TMB, n’hésitez pas à partager vos conseils, merci !


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    2 commentaires pour “Le Tour du Mont-Blanc en 10 jours d’enchantement”

    1. Ian Feder dit :

      Hi Lauren
      Long time no see. Beautiful pics and a great journey

      Cheers from Vietnam
      Ian

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