Chroniques littéraires
avril 10, 2019

Ivre de steppes, dans l’hiver glacial de Mongolie

Ivre de steppes, dans l’hiver glacial de Mongolie

“Pas étonnant, avec ce grand corps sec comme du bois”, semble penser Gotov en me scrutant ; tout son visage reflète maintenant une attention soutenue, pour comprendre comment on peut geler si vite.

Survivre au zud

“Le froid fait passer la yourte pour un domaine enchanté. Mais son espace unique ne compte ni rideau ni cloison. Rien ne se dresse entre moi et les autres, rien ne m’en isole. Ce logis collectif me pousse à piétiner mes exigences de confort en vivant au rythme de la famille”, pendant trois mois. C’est cette immersion singulière que retrace Marc Alaux dans son dernier livre, Ivre de steppes. Ce récit passionnant et instructif transcrit un regard ethnographique sur ce peuple de nomades qui suit des traditions ancestrales, parfois lourdes à porter pour la jeune génération.

Alternant entre “la cage de l’hiver et le huis clos d’une yourte”, l’immensité terrestre et l’hospitalité absolue des mongols, le froid du zud – hiver foudroyant – qui asphyxie le berger et dévaste le troupeau, et la chaleur des gosiers enflammés par les flots de vodka, Marc se voit initié au délicat métier d’éleveur dans le campement d’hiver de sa famille d’accueil.

Après le vagabondage, l’ancrage…

“En prenant la steppe comme on prend le maquis, j’ai connu une vie dégraissée d’artifices, j’ai fréquenté des gens qui n’ont pas la docilité de la misère et qui ne perdent ni confiance ni fierté ni force. La nature ne leur en laisse pas le droit. […] Je me suis contentée de renouer avec ce que chacun porte en lui et qui demande d’éclore […]”

Cédric Gras dissertait sur les saisons du voyage, multiples, façonnées par le voyageur que nous sommes et devenons. Aujourd’hui, après des milliers de kilomètres écoulés à pied à travers la Mongolie, Marc aspire à l’ancrage pour mieux s’imprégner de la culture. Qu’est-ce que le voyage pour toi ? Au long cours et préparé, me répond-il, catégorique. Préparer, c’est se plonger dans la littérature de la région, assister à des concerts, rencontrer des anthropologues. Préparer, c’est attendre, des années s’il le faut. Préparer, c’est mûrir l’idée, insiste-il, car c’est de cette pulsion retenue que jaillira un voyage marquant ; et d’ajouter qu’un bon voyage peut mal se passer… Pour Marc, “le voyage ne sera jamais une sorte de parenthèse, mais une existence en tant que telle”.

… mais la Mongolie, toujours !

Au commencement, de 16 à 26 ans, le grand voyageur qu’il est quadrille la France à pied à chaque occasion. Son compagnon d’aventure et lui s’éprennent du Massif central. Un matin, sur le plus haut et le plus isolé des Causses, il se réveillent fascinés par le paysage enneigé qui s’étend à perte de vue. C’est la Petite-Mongolie, comme l’appellent les locaux, où a été réintroduit en semi liberté le cheval de Przewalski. Ils ouvrent alors un Atlas en quête du même écosystème. Ils ont 25 ans, et ce sera la Mongolie, à commencer par une traversée du désert de Gobi, avec Kessel… Marc retrouve dans ses livres les valeurs enseignées par ce pays telles que la générosité, le sens de la fête et de l’amitié ou la capacité de prendre le temps. Et depuis vingt ans, “la steppe, c’est pour moi l’éternel retour”, écrit celui qui est devenu un spécialiste reconnu du monde mongol.


Ivre de steppes : un hiver en Mongolie, de Marc Alaux (2018) est en vente sur le site des éditions Transboréal.

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