Chroniques littéraires
décembre 1, 2018

Kessel, la passion de l’aventure et des lettres

Kessel, la passion de l’aventure et des lettres

L’aventure

« A la routine et à la modération, Kessel a […] toujours préféré l’aventure, cet avenir de tous les possibles par lequel l’homme se dépasse, voit haut, façonne sa destinée sans compter sur les autres ». L’aventure. Au fil des pages et à travers la vie de Joseph Kessel, on l’effleure, on en devine le goût, le parfum, magnétique, dans la biographie que Marc Alaux consacre chez Transboréal à « l’Empereur ». Une vie d’écrivain-journaliste puisant dans l’aventure et les voyages la matière féconde de son œuvre qui s’étale sur un siècle, et un monde.

« Être ne suffit pas ; la vie, c’est l’action. »

Le titre de cette biographie, La vie jusqu’au bout, résume tout le personnage. C’est donc sans surprise que l’on se trouve devant un récit dense et absorbant. La respiration en suspens, le regard suit avec application chaque phrase dans la crainte de manquer quelque fait majeur, un autre livre à succès, voyage ou mariage. Il faut le suivre, Kessel ! « On ne s’ennuie pas avec lui », confirme Marc d’un regard amusé, presque complice, de ce compagnon qu’il a rencontré à 25 ans dans les steppes mongoles, Les Cavaliers sous le bras, pour ne plus le quitter.

L’engagement…

« Aujourd’hui, ce qui me séduit chez lui, c’est son empathie pour l’autre, sa capacité à essayer de voir chez l’autre ce qu’il a de bon », me dit-il. A cela, il ajoute la générosité et l’engagement. Non pas l’engagement politique ou associatif, mais l’engagement dans la Vie avec un grand V. « C’est quelqu’un qui n’est jamais resté en retrait de l’existence. C’est quelqu’un qui a embrassé la vie. C’est quelqu’un qui s’est jeté à corps perdu dans la bataille, dans son travail, dans les deux guerres. Je trouve ça très beau. Et en cela, il est resté, même très âgé, fidèle à sa jeunesse. »

… jusqu’au bout

« Kessel : un colosse à la santé de fer qui a du héros la gueule, la carrure et un destin difficile mais brillant sur des terres d’aventure », qui a « vécu dans une boulimie d’excès sans pour autant trouver l’équilibre ». Il « enchainait les journées de quinze heures, bouclait un roman en cinquante heures d’affilée et en écrivait deux dans l’été » et, à 64 ans encore, était capable de « siffler vingt-sept scotches en six heures de veille hallucinée. »

Retranscrire une telle vie en seulement 185 pages implique de « faire des choix, repérer les tournants clés, les rencontres qui ont déterminé et construit le personnage, ne pas se perdre dans le superflu ». Tel est donc le défi qu’a relevé Marc, une dizaine d’années plus tard, à commencer par la relecture – parfois jusqu’à quatre fois – de chacun des 85 livres composant l’œuvre impressionnante de Kessel, complétée par tout ce qui a été dit et écrit sur l’auteur. Cette véritable enquête a permis d’alimenter, à la fin du livre, des miscellanées où l’on pourra travers, par exemple, les (nombreuses) femmes et amis de sa vie, le revenu exact de chacune de ses créations, en passant par ses surnoms, les hôtels fréquentés, les adaptations à l’écran et autres anecdotes piquantes.

L’inspiration

L’objectif était, dit-il, de « produire un ouvrage moins factuel mais plus thématique, de poser un regard plus contrasté, permis par le recul historique ». Et quelles thématiques, si ce n’est celles qui réunissent ces deux auteurs, les voyages et l’écriture ! Cela construit donc un livre passionnant, au style fluide et poétique, où chaque chapitre suit la géographie de Kessel de manière chronologique. Et surtout, c’est une rencontre, une découverte, une inspiration. En refermant ce livre, comment ne pas être troublé par cette personnalité affirmée et excessive, ce personnage hors du commun, qui savait vivre avec intensité, jusqu’au bout…

Je ne connaissais de lui que Le lion, « l’œuvre pourtant la moins représentative du style kessélien », mais, l’appétit éveillé par cette biographie, j’ai dévoré en une semaine Les Cavaliers, plus troublée par l’intensité des personnages que par le tumulte du métro parisien. Au suivant !


Joseph Kessel, La vie jusqu’au bout, de Marc Alaux (2015) est en vente sur le site des éditions Transboréal.

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