Carnet de voyage
mai 18, 2019

J’ai testé : 11 jours de méditation Vipassana en Thaïlande (SUITE)

J’ai testé : 11 jours de méditation Vipassana en Thaïlande (SUITE)

Et si, de savoir qu’en méditant le corps se soigne, pouvait nous motiver à adopter une pratique régulière ?

Un jour, un ami m’a parlé des retraites Vipassana, une “pratique qui consiste à méditer plus de 10 heures par jour pendant 10 jours, avec vœu de silence”… [Lire la première partie de cet article]

Ressentis physiques et émotions

“Le but n’étant jamais la guérison de maladies physiques, la purification mentale peut avoir comme effet secondaire l’élimination de nombreuses maladies psychosomatiques.” Centre de méditation Dhamma Suttama

La pratique est intense. Chaque personne vit quelque chose qui lui est propre mais une chose est sûre, on ne peut y rester indifférent. Ce n’est pas une retraite de tout repos à vrai dire (éviter peut-être de l’enchainer à une semaine de travail stressante et fatigante). Pour vous donner un exemple, une pratiquante venue un jour a confié à mon mentor qu’elle n’avait jamais été en colère de toute sa vie avant de venir ici. Personnellement, j’ai passé plus d’une semaine avec une surdose de colère et d’impatience ; et c’est épuisant ! Les retraites suivantes, les ressentis variaient, parfois plus doux.

“Aujourd’hui, on dispose d’un nombre relativement important d’études scientifiquement valides (comparaisons avec des groupes témoins, répartition aléatoire des sujets, évaluation avant et après les séances, etc.) attestant de l’intérêt de la méditation de pleine conscience dans différents troubles médicaux ou psychiatriques.” Christophe André

Lors de cette pratique intensive de la pleine conscience, le corps et l’esprit se nettoient et se rééquilibrent. Chez les femmes, cela déclenche très souvent les règles. Certaines choses remontent à la surface pour être évacuées. D’ailleurs, durant quelques jours et pendant les exercices seulement, je ressens des douleurs, qui n’ont rien à voir avec la position assise – au contraire, calée au milieu de nombreux coussins, je suis confortable. Et la séance de méditation à peine terminée, les douleurs disparaissent ! Parfois, l’énergie est telle que mon corps oscille et se balance tout seul. Je suis ivre. Ivre du présent.

“35 minutes à me faire torturer, et dès que j’arrête de méditer tout va bien, je ne sens plus rien. Douleurs au dos, la gorge serrée, les poumons comprimés, le souffle faible, une douleur à la jambe droite. Je tiens. La séance suivante est un cauchemar. La cage thoracique compressée, une pression très forte, des instants de peur, une envie de pleurer. Je suis crevée. […] Douleurs, nausée, mal au ventre, torpeur, démangeaisons, chaleur, mal-être… Mes séances sont de la torture ! Et je continue à les ‘reconnaitre’ tout en méditant. […] J’en pleure. […] Une véritable chaudière dès que je me mets à méditer, c’est fou !” Extrait de mon journal de bord

Tout ce que j’ai vécu est normal. Cela fait partie du processus, même si chacun le ressent différemment bien sûr. Comme me l’expliquera mon professeur à la fin de cette retraite, chaque exercice permet de déclencher certaines pensées ou états d’esprit, qui entrainent avec eux leur lot d’émotions et de sensations. C’est en décortiquant, un jour à la fois, les différentes couches superposées du mental que l’on finit par atteindre la plénitude. Ainsi, contrairement à ce que je croyais, j’étais sur la bonne voie. Vraiment, on ne contrôle rien…

Guérison

Le jour de mon départ, je me sens heureuse, calme, en paix. Euphorique, je remarque que ma sciatique à la cuisse est en train de se guérir, je peux même déplier ma jambe naturellement en marchant alors que, depuis des années, je ressentais un blocage du genou. C’est ce que Patrick Ghossoub, osthéopathe (modèle Biodynamique) à Paris, nomme la Résilience tissulaire, sujet d’un livre passionnant que je recommande, qui entremêle les théories orientales millénaires aux connaissances scientifiques contemporaines, et offre de nombreuses explications aux phénomènes vécus ici.

“La seconde façon de se reposer consiste à réduire au minimum tous ces stimuli. Alors, quand nous avons l’impression de ne rien faire dans le calme et le silence, le corps peut optimiser l’activité parasympathique pour s’autoréguler et se réparer. […] stimuler la Puissance et l’Intelligence Vitales innées […], reliées toutes deux à Brahman et à l’immensité du champ des possibles. Un savoir bien plus étendu que nos concepts et dictionnaires peut alors se mettre en place.” La Résilience Tissulaire, de Patrick Ghossoub

Attention, un conseil cependant : ma troisième retraite m’a bien fait comprendre qu’il ne faut pas suivre (par la pensée ou le mouvement), même si c’est très tentant, une énergie que l’on sent venir, au risque d’aller trop loin… Simplement la reconnaitre et revenir à l’exercice de la méditation, dans son corps, en position assise ou marchée, ici et maintenant.

Et après ?

Le retour au monde réel mérite une transition en douceur. Il est temps de prendre des vacances (et d’éviter les parents) ! Les quelques jours suivants, je me sens vraiment fatiguée. De retour en France, je continue à pratiquer une heure tous les matins. Et puis, deux semaines plus tard, une crise d’appendicite se déclenche. Simple coïncidence ? Je n’y crois pas. Il semble que c’était latent depuis plusieurs années (crises chroniques), la méditation n’a fait qu’accélérer le processus et la Résilience Tissulaire m’a débarrassé du problème une bonne fois pour toutes ! Là aussi, un conseil : écoutez votre corps ; certaines douleurs ne sont pas normales, qu’elles se produisent pendant ou en dehors de la méditation. Si mon expérience peut vous servir, parce qu’on ne sait jamais comment le corps peut réagir, faites cette retraite en fin de voyage avant de rentrer (là où vous êtes sûrs d’avoir d’excellents hôpitaux, au cas où…).

Trouver un centre de méditation

Il existe un site officiel qui recense tous les centres de méditation Vipassana du monde entier (Dhamma.org) telle qu’enseignée par S.N. Goenka. Même s’il y en a énormément, il est nécessaire de réserver plusieurs mois à l’avance. Les sessions accueillent des centaines de participants à la fois ce qui a un côté très impersonnel, et les exercices se focalisent sur la méditation assise. Cependant, celui que je vous recommande à travers mon article est un peu différent.

Le centre de méditation international de Chom Tong dispense les enseignements du Vénérable Ajarn Tong Sirimangalo. Ce centre ne fait aucune publicité et fonctionne grâce au bouche à oreille. Il peut accueillir plus de 40 personnes (en chambre indépendante) et se retrouve très souvent complet. D’après tous ceux qui ont eu l’occasion de tester plusieurs centres de méditation Vipassana, cet enseignement (qui allie méditation assise et marchée, complémentaires), est l’un des meilleurs (et des plus difficiles, et efficaces) !

Au début, j’étais un peu déçue qu’il n’y ait pas de méditation de groupe car l’énergie d’un ensemble permet d’être plus fort, de se soutenir en quelque sorte. Mais c’est une bonne chose aussi puisque chacun va à son rythme, méditant parfois côte-à-côte, et de retour chez soi nous sommes plus facilement capables d’organiser sa pratique ayant eu l’habitude de la mener seule. Enfin, j’aime cette sensation d’être complètement libre et indépendant. La réussite de cette expérience dépend de nous seul.

Courage, vous êtes tous capables !


INFOS PRATIQUES

    • Contact en Thaïlande (à Chom Tong) : reservationchomtong@yahoo.com.
    • Prix : Comme tous les centres de méditation Vipassana, celui-ci repose entièrement sur le don. Chacun est libre de donner ce qu’il peut / veut.
    • Le même enseignement est dispensé dans quelques centres en Europe et ailleurs dans le monde (voir la liste) notamment près de Munich au Dhammacari Vipassana-Meditationszentrum, où j’ai réalisé ma deuxième retraite fin 2017, et la troisième en 2019. J’ai un coup de cœur pour cet endroit, vraiment agréable et chaleureux, où tout est organisé au mieux (petite capacité d’accueil, repas sains et délicieux, nature environnante magnifique, confort) pour passer cette période dans de bonnes conditions ! Enfin, une retraite en France est organisée une fois par an (la prochaine a lieu en septembre 2019) avec Mohamed, très bon enseignant du centre de méditation de Chom Tong.
    • Pour approfondir sur le sujet, je vous invite à lire mon article “Comment méditer“, “La méditation de pleine conscience” (article en PDF) de Christophe André, et le livre Bouddha au temps des neurosciences de James Kingsland.

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