Carnet de voyage
novembre 27, 2016

Sur les traces des femmes Sakalava de Madagascar

Sur les traces des femmes Sakalava de Madagascar

Madagascar est-elle vraiment une nation matriarche ? Ce fut le cas par le passé. On pourrait citer l’exemple de ces trois souveraines qui se sont succédées avant l’abolition de la monarchie en 1897. La première, Ranavalona 1ère, qui a régné sur le royaume pendant plus de 30 ans, a gravé dans l’Histoire l’image d’une reine autoritaire. Cependant, les deux suivantes ont laissé le vrai pouvoir à leur Premier ministre et mari : Rainilaiarivony (oui, il a épousé les deux successivement !).

Dans mon village d’accueil, à Sohany, loin de la ville, les femmes sont le pilier du foyer. Elles appartiennent au groupe culturel Sakalava qui rassemble différentes ethnies, originellement matriarcal et polygame. L’empire Sakalava s’étendait autrefois sur une grande partie de la côte Ouest de Madagascar. Cette petite enquête a été réalisée auprès d’une quarantaine de femmes, assises sur le sable ou la terre poussiéreuse, parfois sur une natte tressée à l’intérieur d’une petite case, et souvent sous l’œil curieux des nombreux enfants.

Qui est le « chef » à la maison ?

La coutume veut que ce soit l’homme, mais en pratique, dans la plupart des foyers c’est la femme. Surtout et à l’unanimité, c’est la femme qui gère les finances de la famille. Elles ont les mêmes droits que les hommes et d’ailleurs, le chef de campement d’Andriaky (situé sur la plage) est une femme. Les femmes sont moins présentes lors des réunions communautaires, parfois assises en groupe derrière les hommes, et interviennent rarement dans les discussions. Lors des fêtes, elles mangent à part avec les enfants, et seulement après avoir servi les hommes.

La plupart des couples sont monogames mais j’ai eu vent de plusieurs hommes en ville ou au village qui ont des relations extra-conjugales, et même des enfants avec d’autres femmes, sans avoir forcément eu l’approbation de leur femme (encore faut-il qu’elles soient au courant…). Les mœurs sont assez libres, surtout de la part des hommes dans cette région.

femme-village-malgache

Quelles sont les tâches quotidiennes de la femme ?

Au quotidien, les femmes sont chargées de faire la cuisine, d’aller chercher de l’eau au puits (dans un seau ou un gros bidon qu’elles ramènent posé en équilibre sur la tête), de ranger et nettoyer la maison, de faire la vaisselle, de laver le linge et de s’occuper des enfants. Quelques-unes tiennent un commerce, sinon elles doivent aussi aider les hommes qui rentrent de la pêche pour préparer les poissons (transport, nettoyage, salage, etc.). Elles peuvent aussi aller chercher le bois de chauffe (du bois mort), cultiver et pêcher. Bref, dans la vie active, ces femmes sont loin d’être le « sexe faible » ! Je les admire, avec leur air digne, droites et fortes.

A quel âge les enfants y participent-ils ?

fille-madagascar

Les enfants participent très jeunes (dès 6 à 8 ans) à la vie du foyer. Ils sont envoyés pour de petites commissions pour apprendre à compter et gérer l’argent, ils lavent la vaisselle mais aussi leur linge, vont chercher de l’eau au puits et balayent la cour. Souvent, le matin, les instituteurs leur demandent de passer le balai sur les bancs de l’école, couverts par la poussière et les excréments des chauves-souris. Leurs parents leur apprennent aussi à faire du feu et à se servir d’un couteau pour écailler le poisson. Les enfants peuvent proposer leurs services auprès d’autres familles pendant leur temps libre, comme aller chercher de l’eau, ce qui leur permet de se faire un peu d’argent de poche pour s’acheter un goûter par exemple.

Ce sens des responsabilités acquit très tôt s’inscrit sur leur visage d’une certaine manière, et je suis à chaque fois surprise d’apprendre l’âge réel de telle ou telle personne, que j’avais toujours surestimé.

Quand est-ce qu’une fille est considérée femme ?

Ici, les réponses diffèrent. Une fille est considérée femme dès qu’elle a ses règles (12-14 ans), dès l’apparition des seins (12-15 ans), parfois dès 18 ans (pour prioriser l’éducation avant ça). Elles peuvent se marier dès 17 ans, ou même avant, dès qu’elles sont en mesure d’avoir des enfants. Elles choisissent leur mari par amour en général (autrefois, il y avait plus de mariages arrangés), mais il faut d’abord convaincre ses parents. Elles sont étonnées qu’en France on se marie si tard car ici la femme a beaucoup d’importance au foyer.

Est-ce que la beauté est importante ? Comment vous mettez-vous en valeur ?

Oui, l’apparence est importante. Les femmes prennent soin de leur corps, soignent leur hygiène et portent de jolis habits quand elles peuvent se le permettre, comme le traditionnel lambaony mais aussi des vêtements plus courts et sexy pour les plus jeunes. La coiffure est sûrement l’attribut de beauté principal et c’est important pour elles d’avoir les cheveux bien coiffés, très souvent tressés. Les tressages sont multiples et variés. Certaines femmes portent un masque de couleur blanche-jaune sur le visage, le tabaky. C’est une pâte obtenue en réduisant en poudre un morceau de bois que l’on mélange à de l’eau, et qui s’applique sur une peau huilée. Cela permet de protéger la peau du soleil, du vent et du sel, de prévenir le vieillissement, mais aussi de donner l’apparence d’un visage blanc. Ici aussi, comme en Asie, la peau blanche des occidentales est un critère de beauté envié. Celles qui ont plus de revenus s’achètent des crèmes, des huiles et des soins pour le corps, et mettent du parfum et du maquillage lors de certaines occasions particulières tel que le dimanche, jour de la messe.

famille-madagascar

Contraception, enfants et mariage

La plupart des femmes interrogées prend un moyen de contraception, sous la forme d’une piqûre tous les trois mois ou d’un implant sous la peau pendant trois ans. Et pourtant, elles ont presque toutes eu leur premier enfant à 16, 20 ou 21 ans. Dans le village, quelques jeunes filles, la vingtaine, élèvent seule leur premier enfant, soutenues par leur famille. « Ce n’est pas un problème » disent-elles. On sent que la génération actuelle évolue et certaines mères font prendre la pilule à leur fille dès 15-16 ans. Les familles sont nombreuses malgré la contraception, avec une moyenne de six enfants, par choix. Serait-ce un investissement pour l’avenir, surtout dans les régions plus isolées où les pensions de retraite n’existent pas ?

Les mères allaitent jusqu’à un an et demi au plus tôt, et jusqu’à deux à trois ans au plus tard. Lors d’animations avec les villageois, j’observe un ou deux enfants de trois ans se coller à leur mère, insistants, leur soulevant le tee-shirt pour prendre à pleine main un sein à téter devant l’assemblée.

Contrairement aux garçons, presque tous circoncis à Madagascar selon la tradition, il n’y a pas d’excision chez la femme malgache.

« Dans le domaine de la santé, la femme n’a pas le droit de jouir de son corps, l’avortement est toujours criminalisé même en cas d’inceste ou de viol. D’ailleurs, l’avortement est un sujet tabou que la société toute entière évite d’aborder alors que tout le monde sait que l’avortement clandestin, très dangereux pour les femmes, se pratique à tous les coins de rues. 10 femmes malgaches par jour meurent toujours en couches actuellement. » Léa Ratsiazo

Les parents inculquent à leurs enfants le respect des parents et des aînés, l’importance de l’éducation, la prudence, la politesse, l’entraide au foyer, le sens des responsabilités, etc. Les parents appartenant à l’ethnie des Vezo (peuple nomade de pêcheurs) transmettent aussi la culture de leurs ancêtres et certaines valeurs morales comme le fait de ne pas voler, ne pas mentir, ne pas être têtu, et être actif et savoir prendre des initiatives.

contraception-afrique

Les parents disent écouter le choix des enfants pour leur avenir, s’ils veulent aller à l’école ou travailler, mais c’est aussi leur situation financière qui détermine la durée des études. En général, on ne quitte pas le foyer familial avant d’être marié. Et si la femme se retrouve seule à nouveau, sa famille l’accueillera, peu importe son âge, car à Madagascar la famille est sacrée et l’entraide est vitale. Alors je leur explique que chez nous c’est très différent, les parents craignent les enfants « Tanguy » et nous poussent hors du nid dès que l’on est en âge de faire sa vie. Cela les surprend.

* * * Vous avez aimé cet article ? Faites le savoir d'un seul clic, merci ! * * *

4 commentaires pour “Sur les traces des femmes Sakalava de Madagascar”

  1. steve dit :

    Bonjour,
    Amoureux de Madagascar, vous le serez ! C’est tellement incroyable de voir à quel point elle est magnifique cette île.
    Vivre des aventures, des moments agréables, prendre le temps de se relaxer et se divertir pendant les vacances, aussi découvrir tout sur le pays.
    Afin de s’épanouir pendant vos vacances.
    Merci pour le partage.

  2. voyage au Laos dit :

    Un tres bon article. Merci bien pour le partage et bonne continuation !!!

  3. Tallit dit :

    Tu leur as parlé de enfants « savonnettes » ? Les enfants qui glissent entre les mains de leurs parents dès 17-18 ans pour aller l’autre bout du monde découvrir la Vie et l’Aventure ? MDR

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge