Woofing & Ecotourisme
décembre 20, 2016

Stage en environnement auprès d’une ONG à Madagascar : Bilan

Stage en environnement auprès d’une ONG à Madagascar : Bilan

Mon stage auprès du WWF, l’organisation mondiale pour la protection de l’environnement, touche à sa fin. Au total, ce furent quatre mois à Madagascar, dont trois mois passés sur le terrain. Début septembre, en compagnie de deux autres volontaires malgaches, j’avais débarqué sur une plage au bord du canal du Mozambique pour intégrer une petite communauté locale isolée. Il est maintenant temps de rentrer et de faire le bilan des activités réalisées…

Comment sensibiliser les communautés locales ?

Un public difficile à atteindre

Dans un pays en voie de développement comme Madagascar, la problématique se présente ainsi :

L’existence d’un « déséquilibre entre les ressources naturelles et les besoins accrus des populations à croissance rapide à la recherche d’une amélioration générale de leurs conditions de vie. » Professeur universitaire d’Antananarivo

Et la restauration d’un écosystème coûte beaucoup plus chère que la protection de l’écosystème originel. Cela explique donc notre présence dans cette nouvelle zone d’intervention du WWF dans la région, dans un but de prévention.

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Ville de Maintirano où se trouve le bureau WWF le plus proche de notre site.

Notre rayon d’action se limite à Sohany, le petit village où nous avons établi notre camp de base, et deux autres campements voisins : Andriaky, situé en contrebas au bord de l’océan, et Antsahakely, sur une petite île juste en face. Des heures de marche nous ont mené dans des campements plus reculés et plus petits, où les habitants vivent en réelle autarcie. Mais qu’est-ce qu’on fait là ? Je m’interroge. Pourquoi demander à des gens de ne pas détruire la nature alors qu’ils ne collectent que ce dont ils ont besoin pour survivre au jour le jour ?

Une fois, on marchera une heure et demie sur la plage avant d’atteindre Bebeko. Difficile de définir où se trouve le centre du village. Quelques cases sont éparpillées ici et là. Plus loin, près d’un troupeau de zébus et d’un grand étang rempli de nénuphars colorés, on rejoint une quinzaine de villageois assis à l’ombre. Ils nous apprennent que suite à une attaque récente des dahalo, la plupart des habitants s’est réfugiée dans la forêt. Au vu de la situation, une animation régulière auprès d’eux semble futile et l’on rebrousse chemin après avoir présenté rapidement la raison de notre présence.

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Un autre jour, on part à l’aube pour rejoindre Ankiliroa, à trois heures et demi de marche. Une randonnée de 18km (!!!) sur un chemin parfois très ensablé ou une terre rouge ocre. Le paysage est agréable, jonché d’arbres et de plantes adaptés à ce climat aride. Dans la forêt, des lémuriens blancs semblent déranger un groupe de perroquets noirs, d’après le vacarme. A notre arrivée dans le campement, on s’allonge à l’ombre du manguier en attendant le chef du village. Un dindon parade. Des noix de coco nous sont offertes, délice bien mérité ! Soudain, au dessus de ma tête, je le repère : un joli caméléon vert, si bien camouflé dans la végétation. Aussitôt mes photos terminées, les enfants se précipitent pour le faire tomber et jouer avec. On les retient à temps. Par peur et ignorance, cet animal emblématique est souvent mis à mort par les enfants qui croisent sa route.

L’attente continue. On passe le temps en mâchant des cannes à sucre. Infatigable, le dindon parade toujours. Après le repas, il est déjà l’heure de rentrer. Le public enfin réunit est insuffisant et par manque de temps maintenant, notre animation ne dure que vingt minutes. Mais ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des contretemps et changements de dernière minute qui nous attendront au cours de ces trois mois. C’est ça le fameux rythme mora mora de Madagascar !

Des activités variées

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Faire de l’éducation à l’environnement, d’accord, mais comment ? Avec très peu de supports et une connexion internet très limitée, on se remue les méninges pour planifier les premières semaines d’animation. Le programme est à peu près au point et les thèmes abordés sont définis : Mer, pêche et déchets ; Forêts et déforestation ; Mangroves ; Changement climatique. Il reste maintenant à réunir un public. Certains jours, nous envoyons le crieur faire le tour du village pour prévenir de notre intervention. Les animations en groupe incluent le visionnage d’extraits de films documentaire (Home, Un jour sur Terre ou vidéos malgaches), des quizz et des discussions sur le thème du jour.

On manque de monde, et surtout de jeunes adultes, peu motivés ou occupés à travailler. Si souvent absents, je n’avais pas imaginé qu’ils étaient si nombreux au village jusqu’à ce match de foot dernièrement ! Oui, décidément, la danse kilalaky et le foot sont bien les deux meilleurs « appâts » pour les adolescents d’ici. Un peu découragés, on opte alors pour des approches alternatives : le porte-à-porte et la discussion spontanée avec des groupes de personnes assis quelque part. Les langues se délient plus facilement et prennent le ton de confidences. Avide de comprendre et d’en savoir plus sur leur vie, j’attends avec une excitation contenue  chaque phrase que l’on voudra bien me traduire.

Les dernières semaines, on se lance dans l’enseignement et la construction de foyers améliorés (ou kamado) :

foyer-ameliore« Le foyer amélioré appelé « KAMADO » en japonais, initié à Madagascar par un volontaire japonais […]. Le Kamado est un foyer amélioré utilisant le bois de chauffe et confectionné à partir de matériaux simples que l’on peut trouver en milieu rural tels que l’argile, la terre rouge, la cendre, la paille et l’eau. Le but de son introduction est multiple et présente des avantages, entre autres l’économie en bois de chauffe, le temps de cuisson réduit et la gestion durable des ressources ligneuses. » Japan International Cooperation Agency

Avec la communauté, tout le monde met les mains à la pâte (ou plutôt les pieds, pour pétrir le mélange boueux). Très simples à réaliser, je ne doute pas que les kamado vont se multiplier grâce au bouche à oreilles !

Ramassage des déchets avec les enfants

sensibilisation-environnementComme au Cambodge, au Laos et ailleurs, les gens ont gardé l’habitude de jeter dans la nature leurs déchets ; ce qui ne gênait pas, tant que les déchets étaient biodégradables. Dorénavant, des emballages plastiques, des filets de pêche, des piles et des morceaux de tissu jonchent la plage, engloutis par le sable ou agglomérés par le vent autour de buissons épineux. C’est décidé, on instaure une journée de nettoyage, chaque samedi. Les enfants nous rejoignent et s’amusent à remplir les sacs avec nous. Mais d’abord, il faut leur expliquer la différence entre un déchet végétal et un déchet plastique, quand ils mettent tout dans le même panier !

A la fin de notre séjour, nous permettons la construction de plusieurs petites décharges en ciment pour brûler les déchets, en plus de panneaux en bois indiquant « Ne pas jeter les déchets dans la nature ». Les mauvaises habitudes sont difficiles à changer du jour au lendemain, mais c’est sur la bonne voie !

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En marche pour la préservation des mangroves

Les forêts de palétuviers forment les mangroves, écosystème côtier présent dans les régions équatoriales et tropicales. Les jours de pleine lune, la marée haute vient remplir et inonder les mangroves situées plus en retrait dans les terres, à tel point qu’à certaines heures, on rejoint les deux villages en marchant dans l’eau jusqu’aux cuisses.

Un projet du WWF

« Le paysage Manambolo Tsiribihina comprend la plus grande et la plus intacte étendue de mangroves dans l’ouest de Madagascar. Les mangroves qui bordent la côte de ce paysage apportent des services écologiques importants pour la région. » WWF Madagascar 2015

Le WWF travaille dans la région Mélaky pour préserver cet important corridor de mangroves. A savoir qu’à Madagascar, il y a 270 000ha de mangroves, dont la quasi totalité se trouve sur la côte Ouest. Le paysage Manambolo Tsiribihina est l’une des quatre zones prioritaires du WWF à Madagascar.

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Pourquoi protéger les mangroves ?

« Enchevêtrement de palétuviers présent sur près des trois quarts des côtes tropicales, la mangrove joue de multiples rôles. Nurserie pour les poissons, elle constitue un garde-manger et une source de revenus pour les habitants, qui utilisent aussi son bois pour les constructions de bateaux ou d’habitat. La mangrove est également un rempart efficace contre l’érosion, les cyclones ou les tsunamis. » AFP – GoodPlanet.info

A travers nos animations, on enseigne aux villageois le rôle des mangroves, les différentes espèces de palétuviers qui composent cet écosystème (en réalité, c’est eux qui nous apprennent à différentier les espèces !), et la procédure à suivre lors des campagnes de restauration. En effet, à terme, l’objectif est que la communauté soit capable de gérer elle-même cet écosystème, bénéfique à tant de niveaux pour son bien-être.

« Elle possède la double compétence de puits pour le CO2 atmosphérique et de source de carbone organique et inorganique pour les zones côtières. Ce premier atout vient en particulier d’un stockage de carbone dans les sols 2 à 3 fois plus important que dans les autres systèmes forestiers, lié notamment à une couche tourbeuse importante composée d’éléments organiques sédimentés, qui viennent accélérer le stockage de CO2″. Fondation GoodPlanet

Un intrus dérangeant

Un problème se pose pour la préservation des mangroves : l’élevage de chèvres. Cette activité économique est plutôt rentable, les chèvres étant vendues à très bon prix en ville. Cependant, laissées à elles-mêmes, les chèvres mangent tout ce qui leur tombe sous la dent, y compris les propagules de mangroves récemment plantées lors des campagnes de restauration. Inutile de dire qu’au bout de quelques mois, la proportion de jeunes pousses encore vivantes dans les mangroves proches du village est très faible. Alors, comment concilier élevage de chèvres et restauration des mangroves ?

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3 commentaires pour “Stage en environnement auprès d’une ONG à Madagascar : Bilan”

  1. Martina dit :

    L’éducation des populations à la cause environnementale est primordiale, mais d’apres ton article, cela n’a pas l’air d’avoir été facile. On sent que pour toi le bilan de vos actions sur place est au mieux, mitigé. Qu’est-ce que tu en as vraiment? Y aurait-il un moyen de faire cela plus efficacement?
    Martina Articles récents…Code promo ChapkaMy Profile

  2. Bablofil dit :

    Thanks, great article.

  3. Saloma dit :

    Super article ! c’est vrai que les conditions de vie dans la brousse n’est pas facile, bravo ! bon courage pour la suite !

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