Carnet de voyage
juillet 1, 2018

Comment préparer sa randonnée sur le chemin de Compostelle

Comment préparer sa randonnée sur le chemin de Compostelle

Vacances et détente sont deux termes qui se mêlent rarement dans les faits. C’est tout juste si ma conception du monde ne les considère pas comme antonymes. Oui, on peut dire que j’ai l’art de ne pas savoir passer des vacances particulièrement reposantes. D’abord une semaine de workaway dans un très joli château près de Nohant, nourrie et logée en échange de 5h/j. de travail physique dans le jardin – et j’ai adoré me dépenser et me vider la tête, le contact retrouvé avec la nature, les mains dans la terre, et le calme environnant, idyllique ! Puis, je remets ça un peu plus tard, une semaine de randonnée itinérante, 16-22km/j., portant mon sac sur le dos à travers les sentiers de l’Aveyron…

Cela faisait quelques mois que j’avais cette envie. Une idée arrosée par une certaine morosité du quotidien parisien, fertilisée par la nostalgie des grands voyages, qui s’est imposée dans mon esprit jusqu’à devenir un besoin primordial : je veux partir faire de la randonnée itinérante en pleine nature !

Et le chemin de Compostelle ce sera…

Le Puy-en-Velay – Conques

Avec une amie, une fois les étapes du chemin définies (de Nasbinal à Conques : 5 jours de marche, 4-6h/j.), nous avons rapidement réservé les gîtes, deux semaines avant le départ. Plus tard, des hôtes nous raconterons certaines réservations faites plusieurs mois à un an (!) à l’avance. Randonneurs anxieux ou prévoyants ? Juillet-août est la saison haute et les pèlerins affluent du monde entier. Quand le besoin de silence et de ressourcement se heurte au tourisme de masse, pèlerinage à la queue leu leu et logements complets…

chemin-de-compostelle

Randonner léger

saint-jacques

Préparer une valise pour une semaine c’est déjà difficile, mais un sac à dos, n’en parlons pas ! En théorie, cela parait très simple, les armoires restent bien remplies, les tiroirs en ordre, et l’on claque la porte comme si l’on partait faire une petite course, le sac si léger que la tête n’en finit plus de douter. En pratique, le processus est cependant tout aussi fastidieux, si ce n’est plus. Supplice du choix. Tu prends, tu portes. Je réfléchis, je soupèse l’habit, le range une fois, le ressort, puis le remet, puis analyse la situation, regarde la météo de la semaine pour la dixième fois, l’enlève, le reprend. Migraine. Alors il faudra accepter l’inadaptation à certains situations imprévues, peut-être même la gêne ou l’inconfort et souhaiter être déjà partie pour ne plus réfléchir. C’est dur le lâcher-prise.

Visite du Puy-en-Velay

La visite du Puy-en-Velay, fameux point de départ vers Saint-Jacques de Compostelle, introduit la semaine à venir. Le relief accentué sur lequel le village a été élevé a le mérite d’offrir l’échauffement nécessaire aux pèlerins néophytes. En arrivant en bus, au détour d’une colline, une chose me frappe instantanément. Trois rochers se dressent vers le ciel, brisant le plan harmonieux du paysage. Rappelez-vous ces champignons de forme conique au manteau enfumé découverts au petit matin dans la pelouse quand hier encore il n’y en avait nulle trace. Ceux du Puy-en-Velay ont soulevé sur leur chapeau ici une statue, là un château en ruine ou encore une chapelle. le-puy-en-velayAu petit matin, dans leur chambre d’hôtel, les touristes arrivés de nuit se frottent les yeux devant l’apparition et crient au miracle. Allons, grimpons, le panorama est toujours plus beau d’en haut !

Première ascension jusqu’à la statue Notre-Dame-de-France, ou Vierge du Puy pour les intimes. Trop peinte, trop bien astiquée, trop bien rénovée. Elle semble sortir tout droit d’un parc d’attraction sous sa triple couche de peinture rouille. Délaissant l’auréole pour une couronne d’étoiles, l’idole a des airs de star américaine. A retenir cependant sa composition, 213 canons russes fondus, cadeau de Napoléon III en mémoire de sa victoire en Crimée. Ou comment l’on recyclait les armes de guerre en 1854.

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Le plateau de l’Aubrac…

Premier jour. Le plateau de l’Aubrac. Le fameux, à l’origine de tant de poèmes et romans bucoliques. Tu verras, c’est magnifique ces vastes pâturages sillonnés de petits murets de pierre, cette végétation si particulière, ces grands espaces vallonnés à perte de vue. Oui, on a vu. Les paysages vaporeux derrière la brume. Les nuages noirs, sombres wagons duveteux posés sur de vertes prairies rases. L’horizon masqué par l’épais brouillard. Quelque part, des cloches tintent, portées par les fantômes de l’Aubrac. La race bovine semble l’unique habitante de ces lieux.

… et toute l’utilité du poncho de pluie

les-chemins-de-compostelleCette première journée de marche nous reconnecte aux éléments. Boue, Pluie, Vent. Relation intime, du cuir chevelu jusqu’aux orteils pataugeant dans deux petites flaques. La bruine fait place à l’averse, drue et fraiche, puis se calme, ralentit, redevient fines gouttelettes avant de reprendre avec insistance. Et lorsque le chemin et le ruisseau ont choisi de passer au même endroit, c’est la goutte qui fait déborder le vase, ou l’inondation dans les chaussures !

Non, vraiment, les baskets de voyage pleine de petits trous qui aèrent les pieds sous le climat tropical de Madagascar ou du Laos ne conviennent pas du tout ! Bien sûr, il aurait pu faire beau, on avait tout prévu, le mois de juin, le sud, etc., mais c’était oublier le dérèglement climatique…

randonnee-itinerante-compostelleSa cape de pluie enfilée par-dessus le sac, mon amie a tantôt l’allure d’un chameau tantôt celle d’un escargot évoluant sur le sentier, une bosse en mouvement sur le dos. On rit. Les gouttes d’eau testent notre motivation et croient l’emporter sur notre bonne humeur. C’est compter sans les ressources insoupçonnées de nos deux âmes enjouées, sacrifiant leur désespoir personnel sur l’autel du bonheur de l’autre.

Le GR65 au patrimoine de l’UNESCO

Guidées par le balisage rouge et blanc que l’on s’amuse à repérer toujours plus vite, de toujours plus loin, on découvre des trésors. Bien cachés dans les campagnes, de petits villages d’époque émergent, plein de charmes et de bordures fleuries, que le pays soigne avec fierté pour conserver leur place au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Au départ d’Espeyrac, comme chaque matin, un cortège de sac-à-dos défile. Tout l’inventaire du Vieux campeur y passe. Les bâtons claquent et résonnent sur les routes des villages, dérapent entre les cailloux des premiers sentiers puis s’enfoncent dans l’humus humide des sous-bois.

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Un tampon sur la crédencial à chaque étape

Dans l’après-midi (entre 15h et 18h en moyenne), les marcheurs atteignent chacun leur gite. Fourbues et fatiguées, on ne réagit pas aux traits d’humour de l’hôte. Face à lui, bavard, pressé de questions, presque agaçant, les têtes hochent faiblement et les sourires peinent à se dessiner. Plein de bonne volonté, la Charte du Pèlerin au fond du cœur, il semble ignorer l’Appel. Celui, divin, d’une douche chaude et apaisante, de vêtements secs, et d’un lit où reposer enfin cette carcasse de muscles tendus. Un soir, on s’offre même le luxe d’un vrai diner. Une soupe et un plat chaud pour essorer l’humidité, un peu de vin rouge pour oublier la fatigue et créer du lien, et deux desserts (parce que c’est bien connu, choisir entre deux desserts est un dilemme insolvable), l’un pour adoucir la mélancolie des jours pluvieux, l’autre par gourmandise. Avant de repartir, on manque d’oublier le fameux tampon, symbole d’une étape achevée, apposé par l’hôte sur la crédencial (ou passeport des pèlerins).

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Vous allez où ? Vous venez d’où ? Quel est ce besoin singulier de toujours situer l’autre, comme si le nombre de kilomètres parcourus ou le point de départ allaient orienter le cours de la relation, soit amicale, soit indifférente. Des cadres, des cases, des cartes pour mieux ranger. L’ordre rassure. Alors on invente, tente d’autres questions, plus intimes, plus profondes (Pourquoi ce voyage ? Votre plus belle étape ?) ou pas (Vous avez mal quelque part ?).

Pourquoi éviter les dortoirs

compostelle

Puis c’est la fin. Dernière nuit. Il est 4h du matin. Dans mon lit, chef d’orchestre insomniaque, je dirige un chœur de dix retraités. Endormis, ténors et barytons chantent au rythme de leur respiration, parfois à l’unisson, souvent mal accordés. Je balance mes bras en cadence, les basses à droite, quelques vocalises au fond, avant de rassembler le tout en un point fermé. Mais le chœur s’emballe et poursuit dans la nuit avancée. Les boules Quies vissées dans les oreilles, j’assiste, impuissante, à ce vacarme nocturne qui parfois diminue en intensité, laissant alors une brèche où s’engouffre mon sommeil mais si vite refermée qu’il s’évanouit aussitôt. La veille, même refrain, qui inspire à Amélia le slogan de sa marque de tee-shirt fictive : Il suffit d’un homme pour empêche cinq femmes de dormir. Le coupable, une conserve de cassoulet dans le ventre et 22 km dans les jambes, a parasité le sommeil de cinq femmes.

Arrivée à Conques, magnifique !

Le train nous dépose à la gare d’Austerlitz à 21h21. Huit heures plus tôt, les jambes dans le vide, nous contemplons la carte postale grandeur nature. Conques et sa majestueuse abbaye, encaissée dans un nid de verdure, est un véritable trésor du patrimoine. Le concert d’orgue donné la veille, clôture idéale de cette semaine de randonnée, résonne encore à l’intérieur, nous plongeant dans un paisible état méditatif. Déconnectées.

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Il n’y aura pas de suite au chemin de Compostelle car une autre idée a poussé, plus ancienne et plus résistante que toutes : le pèlerinage de Shikoku, au Japon.


INFOS PRATIQUES & BONNES ADRESSE

    • Budget : Nos dépenses quotidiennes ont été de 30€/j. environ. Hébergement en dortoir : 12-20€/nuit. Nourriture : environ 15€/j. de pain frais, fromage et autres victuailles que l’on trouve facilement à chaque étape. Location des draps (si vous ne prenez pas votre sac de couchage) : 2-6€ la nuit.
    • Contenu de mon sac-à-dos (en version light bien sûr !) : Deux serviette de toilette (une grande et une petite), une trousse de toilette, un short de rando (même sous la pluie, pour éviter d’avoir un pantalon trempé qui colle), deux tee-shirt à manches courtes Icebreaker, un short en jean et un pantalon de rechange, un k-way, un parapluie (que j’ai préféré au poncho), un chapeau, des lunettes de soleil, des sandales de randonnée (chaussures de rechange), un drap ou fouta (pour s’allonger dans l’herbe et se créer un espace d’intimité dans les dortoirs), deux culottes et deux paires de chaussette, une chemise légère à manches longues (s’il fait un peu frais ou pour se protéger du soleil), une grande écharpe (bien utile, surtout dans les trains trop climatisés), une poche à eau de 2L (qui peut le plus peut le moins), une gourde (plus pratique à remplir et pour boire dès qu’on ne porte plus son sac-à-dos), un gros livre, le Guide vert, un petit carnet, et mon téléphone et un appareil jetable pour les photos.
    • Ce que j’aurais du ajouter : des gants (ce premier jour sous une pluie fraiche nous l’a confirmé), un bandeau pour les cheveux (à la fois contre la transpiration et la pluie qui coulent sur le front), des tongs (pour sortir de la douche), une bombe insecticide (naturel) contre les puces de lit (même si la plupart des gîtes luttent dans ce sens), un drap de soie et/ou un drap housse (pour éviter la location de draps, sachant que des couvertures sont toujours fournies), et une paire de baskets ou chaussures de randonnée plus adaptée.
    • Logements recommandés : chambre à l’Accueil Saint Georges (Puy-en-Velay), Gîte d’étape communal (Saint Chély d’Aubrac), Gîte communal del roumiou (Saint-Côme-d’Olt) avec un délicieux diner et petit-déjeuner, Chez Anne (Estaing), Gîte d’étape (Espeyrac), chambre à l’Abbaye Sainte-Foy (Conques).
    • Où se procurer la crédencial : Nous l’avons acheté au Puy-en-Velay (5€), auprès des Amis de Saint-Jacques du Velay.

     

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    3 commentaires pour “Comment préparer sa randonnée sur le chemin de Compostelle”

    1. ADAM dit :

      Bravo LAUREN, je vois que notre globe-trotteur a repris son chemin! Très bon été à toi. Biz. Françoise

    2. danthony dit :

      Bof, ça ne reflète pas l’esprit du chemin !
      La pleine saison l’été? non, pas du tout
      Vous emportez un drap housse? en plus du drap de soie ?
      Le matériel, on en trouve dans des petites boutiques indépendantes, pas seulement dans les grandes chaines.

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