Carnet de voyage
février 15, 2016

Québec : un hiver pas comme les autres

Québec : un hiver pas comme les autres

(Hiver 2013-2014) Expatriée au Québec pour suivre un an d’études, un master en environnement et développement durable à l’Université de Sherbrooke, je découvre les joies et les contraintes de l’hiver québécois…

L’une des premières choses que les Québécois disent aux étrangers à leur arrivée, avec un brin de fierté et le sourire (!), c’est :

« Ah, vous allez découvrir le fameux hiver québécois alors ! »

Novembre

Ça y est, ça commence déjà ! -15°C. Avec cette température, ce ne sont plus des flocons mais des morceaux de glace qui tombent du ciel ! Et dire que ce n’est que le début…

Décembre

Québec sous la neige

Au fil des semaines, je prends peu à peu conscience que ce que je prenais simplement pour quelques jours exceptionnels aux températures extrêmes dure un peu trop longtemps, et s’apparente de plus en plus à ce que les Québécois nomment « hiver », c’est-à-dire une SAISON à part entière (et plusieurs mois d’hibernation pour ma part !). J’ordonne un couvre-feu dès le coucher du soleil au risque de me transformer en glaçon vivant ! La température est descendue jusqu’à -26°C !!! Sérieusement, existe-t-il un bonus « hiver québécois » dans notre programme de master ?

Janvier

Ce week-end, une tempête de neige a recouvert le paysage de 30 cm de neige. Par un beau dimanche teinté de l’ambiance familiale d’une fin de semaine, les Québécois se sont équipés de pelles et de « tondeuses à neige » électriques et les enfants ont commencé les bonhommes de neige. A la fin de la journée, les rues ressemblaient à des tranchées, creusées à travers la muraille blanche érigée par le chasse-neige le long de la route. Quant à moi, ce fut un parcours du combattant pour atteindre l’université au milieu de cette épaisseur – et retrouver la bibliothèque fermée. Ô joie de l’hiver.

Février

Québec sous la neige

Novembre, décembre, janvier, février… Au secours, est-ce qu’il faut s’attendre à avoir de la neige jusqu’à fin juin au Québec ? Quoique, personnellement, c’est un peu comme travailler chez un glacier un été entier : même après avoir mangé de la glace un peu tous les jours, on ne s’en lasse jamais vraiment (moi, gourmande ?) ! Alors je ne vais pas me plaindre car j’aime ce paysage blanc, calme, immaculé (tant qu’on reste loin des bords de route bien sûr…). J’aime ce soleil qui s’y réfléchit certains jours pour nous éblouir. J’aime m’assoir dans un café pour travailler et regarder les flocons tomber comme si c’était la première neige de la saison. Je vis enfin ce qu’on appelle un « vrai » hiver, digne des contes de Noël d’enfance, et c’est beau !

Il n’empêche que, je me passerais bien de ce froid qui défie tout ce que j’ai vécu jusque-là. Chaque sortie relève de l’expédition : enfiler un pull, puis un pull, encore un pull, puis LE manteau, un bonnet qui cache la moitié supérieure du visage, une écharpe qui cache la moitié inférieure du visage, et au milieu de tout ça, un glaçon rouge (mon nez), et puis des gants. Attention, faites de la place, je sors !

Hiver au Québec

Souvenirs souvenirs… Huit mois à gambader pieds nus la majeure partie du temps, tout juste vêtue d’un débardeur et d’un short, la peau colorée par le soleil, respirant l’air frais (chaud) de la nature et partant à l’aventure à chaque lever du soleil. Un peu plus loin sur le globe, au pays du sirop d’érable, voilà des mois que mes pieds sont emprisonnés, que mon corps est immobilisé sous des épaisseurs de vêtements et que je passe la majeure partie de mon temps derrière un ordinateur. Respirer l’air frais ? Ah oui, pour être frais… Au risque de congeler l’ensemble de mon appareil respiratoire, mieux vaut éviter les grandes bouffées d’air régénérateur à l’extérieur.

Quel plaisir d’avoir le nez qui coule et les narines congelées, les joues rouges et la peau « brûlée » de froid après une journée dehors ! Et quand certains jours le vent s’y mêle, je donnerais tout l’or du monde pour être téléportée sur une île exotique ! Tiens, un coup d’œil sur internet, météo du jour à Sherbrooke : -28°C. Je me réjouis d’avance d’avoir à marcher ces 15 minutes jusqu’à l’université…

En vivant quelques mètres sous terre (c’est le propre des logements étudiants au Québec, aménagés dans le sous-sol des maisons), le chant des oiseaux qui me réveillait a laissé place à des pas résonnants au-dessus de ma tête chaque matin. J’aimerais bouger et profiter de la nature, mais à défaut d’aller courir au milieu des plaques de verglas qui abondent sur le trottoir ou de la neige qui fond en formant d’épaisses flaques d’eau salée, je nage dans l’eau chloré d’un bâtiment intérieur. Qui a balancé un pot de peinture blanche indélébile sur le paysage ?!

Mars

Températures froides QuébecLe printemps est arrivé ! En effet, il s’est annoncé avec une nouvelle tempête de neige ce week-end là… Je cherche des raquettes pour aller à l’université. J’ai l’impression d’être dans l’une de ces boules à neige transparente, vous savez, cet objet décoratif qui nous amusait étant enfant… Hé là-haut, quelqu’un pourrait arrêter de secouer sans arrêt ??!

Malheureusement, pour un hiver de ce genre au Québec qui est, je tiens à le souligner, anormalement extrême cette année, il a fallu que des dizaines de pays expérimentent un hiver trop doux ou trop froid selon les régions. De la neige en Israël ? Le changement climatique va-t-il nous amener à voyager pour suivre les saisons ? Allons-nous redevenir nomades ? L’été en Inde, le printemps en France, l’hiver au Québec et l’automne en Suède…

Info : La fabrication du sirop d’érable

Les érables commencent tout juste à couler, avec un mois de retard. Ils requièrent des conditions assez particulières : gel durant la nuit et températures relativement douces le jour. C’est en visitant une cabane à sucre traditionnelle, pour un repas typique cuisiné dans le sirop (porc, chou, soupe de pois, patates, œufs et pancakes – très light, n’est-ce pas ?), que j’ai appris que chaque entaille dans un érable permet de récolter en une saison 38 litres d’eau d’érable, ce qui donne ensuite seulement 1 litre de sirop d’érable. Quant à l’exploitant d’une érablière, il se prénomme officiellement « Acériculteur » (du latin acer, « érable »).

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