Carnet de voyage
septembre 17, 2016

Les lémuriens des Tsingy de Behamara

Les lémuriens des Tsingy de Behamara

Mi-août, arrivée à Madagascar, j’intègre l’ONG World Wildlife Fund en tant que stagiaire, après une semaine sur l’île Sainte-Marie. Les premières semaines de formation et de voyage nous préparent à l’expérience intense que l’on s’apprête à vivre : trois mois dans un village isolé sans eau courante ni électricité. Au programme, des cours de langue (dialecte malgache de la région), informations sur le projet mené localement, activités avec les membres de l’équipe et quelques visites touristiques incontournables…

Le Sud-Ouest de Madagascar

Après une semaine dans la capitale, où le froid hivernal côtoie la misère ambiante, notre petit groupe de six stagiaires prend la route pour rejoindre Morondava, sur la côte Ouest de la Grande Île. Une journée de voyage et 646km pour retrouver des températures clémentes. La route s’enfuit au milieu des Hauts Plateaux, des collines déboisées couvertes d’herbes sèches sur des centaines de kilomètres. J’ai l’impression de traverser un désert. Un désert qui autrefois abritait une grande forêt primaire. Paysage lunaire si particulier. Ici et là, à la moindre présence d’eau, de petites oasis de verdure ponctuent le paysage. Puis c’est la savane, l’Afrique et ses petites cases au toit de paille, et l’on s’attendrait presque à voir une girafe dépasser des herbes hautes.

« Nous contournons des collines dénudées, garnies de gros rochers et de quelques géants épargnés, souvenirs des temps où la forêt couvrait tout. Puis nous traversons des groupes de boqueteaux, parmi lesquels les arbres de lisière, détruits par le feu, ont fait place à une misérable brousse de remplacement. » P. Oberlé – Madagascar, un sanctuaire de la nature

La ville côtière de Morondava est une petite station balnéaire calme et agréable. Elle se situe à seulement une demie-heure de la fameuse Allée des Baobabs, considérée « monument national », que nous découvrons en fin de journée au soleil couchant. Cette espèce de baobab est la plus grande des six espèces endémiques de Madagascar ; il existe une autre espèce de baobab géant en Afrique et une en Australie. En observant leur forme caractéristique, on comprend aisément pourquoi la légende raconte qu’ils ont été plantés la tête en bas et les racines en l’air. Surnommés arbre bouteille, ils stockent l’eau dans leur large tronc.

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Escalade sur les Tsingy de Behamara

Le trajet de Morondava jusqu’à Bekopaka demande une journée de voyage sur une piste très accidentée. Une journée passée à sautiller sur le siège de notre Jeep Land Rover, le visage se couvrant progressivement de la terre rouge du sol. Au même moment, vers midi, une éclipse de soleil est prévue et les lunettes passent de main en main pour observer ce si rare phénomène. Puis, enfin, nous arrivons au petit village de Bekopaka où l’on se procure les droits d’entrée et de guidage pour la visite des Tsingy de Behamara prévue le lendemain.

« Les Tsingy, se présentent comme de véritables cathédrales de calcaires, constitués d’un réseau très dense de failles, de crevasses, de surfaces de blocs calcaires sculptés en lames ou en aiguilles acérées. […] Roches calcaires formées par un dépôt de fossiles et de coquillages morts sous la mer il y a 200 millions d’années, et par la suite façonnées par l’eau des pluies il y a 5 millions d’années, les Tsingy offrent l’un des paysages les plus spectaculaires de la Grande Île. » Tsingy de Behamara

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Les dents de la terre

Cette réserve de 152 000 hectares est le premier site de Madagascar à avoir été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, en 1990. La saison des pluies rend la route impraticable et le site n’est ouvert au public que de mi-mai à novembre. Pour échapper aux fortes chaleurs de la mi-journée nous nous levons très tôt et arrivons au point de départ vers 8h30. L’expérience ne se représentera pas de sitôt alors autant en voir autant que possible. Nous choisissons de faire le Grand Tour (qui combine deux circuits en passant par Broadway), un total estimé à 6h30 de marche.

En malgache, tsingy signifie ‘pointu, tranchant’. Oui, ce site porte très bien son nom ! Après les magnifiques paysages karstiques du Vietnam (voir la Baie d’Halong ou les grottes de Phong Nha), mon aventure me mène ici sur la piste d’autres merveilles karstiques. Cet incroyable plateau calcaire était sous l’eau il y a 200 millions d’années, en témoignent les fossiles de coraux retrouvés. La roche calcaire est soluble dans l’eau, et la pluie est seule architecte de ce paysage. Formés par l’érosion, des pics karstiques aux arêtes acérées se dressent pour créer ce relief déchiqueté. Unique au monde.

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La forteresse des lémuriens

L’environnement est si hostile et pourtant, la végétation a su s’adapter. Durant la saison des pluies, l’eau remplit les vasques naturelles ce qui entraîne une explosion de verdure. La vie se réveille dès que les visiteurs s’absentent.

« Comme si la roche n’était qu’une éponge, les racines la transpercent sur plusieurs mètres et s’allongent continuellement à la recherche d’eau. […] Des centaines de mètres de racines appartiennent à des arbres qui dépassent rarement… 3m de haut ! » O. Grunewald & D. Wolozan, Tsingy – Forêt de Pierre

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Les circuits proposés, classés de moyen à difficile, nécessitent 2 à 8 heures de marche. Nous partons équipés d’un baudrier et de bonnes chaussures de marche. Le parc a pu être aménagé pour permettre aux visiteurs de randonner, grimper, escalader ou même ramper. Après une heure de marche, notre route croise un groupe de lémuriens de l’espèce Sifaka de Decken. Il existe plus de 100 espèces de lémurien à Madagascar, dont 10 sont présentes dans les Tsingy de Behamara : 3 espèces diurnes et 7 espèces nocturnes. Dans ma précipitation pour changer d’objectif, je casse mon énième pare-soleil. Tout près de nous, enlacée à un tronc, une mère porte son petit sur son dos, accroché à son épaisse fourrure blanche, pendant que d’autres membres du groupe nous montrent leurs talents de grimpeur et sauteur.

Les mammifères sont présents dans les Tsingy aussi, dont le redoutable foussa, seul prédateur des lémuriens. A l’intérieur d’une grotte, une mangouste à queue annelée vient à notre rencontre, peu farouche. Plus tard, dans la forêt, c’est un forest red rat qui nous observe de près, curieux.

En fin de journée, fatigués et courbaturés, nous nous endormons en revivant les images de la journée. Ce paysage si particulier est vraiment joli et la randonnée nous a permis d’atteindre de superbes points de vue en hauteur mais aussi de visiter les étroits souterrains formés par l’érosion. Une expérience unique, à vivre sans hésitation !

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4 commentaires pour “Les lémuriens des Tsingy de Behamara”

  1. Merci pour ces lignes magnifiquement posées qui parlent avec douceur de Madagascar.

    Rdv au prochain épisode 🙂

  2. Merci pour ces photos magnifiques. Les amateurs de géologie, de botanique et des lémuriens seront ravis de découvrir cet endroit avec ces failles étroites

  3. J’ai eu la chance de découvrir ce site exceptionnels il y a déjà plusieurs années… Malheureusement, mon vertige m’a empêché de profiter du site pleinement…

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