Carnet de voyage
juillet 31, 2016

J’ai testé : 11 jours de méditation Vipassana en Thaïlande

J’ai testé : 11 jours de méditation Vipassana en Thaïlande

Un jour, un ami m’a parlé de la méditation Vipassana, une « pratique qui consiste à méditer 10 heures par jour pendant 10 jours, avec vœu de silence ». Cela fait longtemps qu’il médite quotidiennement et pourtant, après cette expérience, il m’a confié que c’était tellement puissant qu’il avait l’impression d’avoir perdu son temps durant toutes ces années. Il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité ! Toujours partante pour vivre de nouvelles expériences je me suis promis de tenter l’aventure un jour. C’est lors de mon voyage en Asie du Sud-Est que l’occasion s’est présentée à moi, à travers l’un de ces tours de main du destin qui me surprendront toujours…

La méditation de pleine conscience

En 2013, j’ai vécu 5 semaines dans un ashram en Inde, où j’ai été initiée à la méditation. Apprendre à faire le vide en soi. A force de pratiquer, j’ai vraiment pu ressentir les bienfaits de cette technique… qui se perdent avec le manque d’entrainement. Mais voilà, la méditation Vipassana, ça n’a rien à voir. C’est même tout le contraire !

« Vipassana est l’une des techniques de méditation les plus anciennes de l’Inde. Perdue pendant longtemps pour l’humanité, elle fut redécouverte, il y a plus de 2500 ans, par Gautama le Bouddha. Vipassana veut dire « voir les choses telles qu’elles sont en réalité » : c’est le processus d’autopurification par l’observation de soi. On commence par observer la respiration normale et naturelle afin de concentrer l’esprit. Une fois l’attention aiguisée, on procède à l’observation de la nature changeante du corps et de l’esprit, faisant ainsi l’expérience des vérités universelles de l’impermanence, de la souffrance et du non-soi. » Centre de méditation Dhamma Suttama

Normalement, c’est l’esprit qui contrôle le corps, n’est-ce pas ? Par exemple, maintenant, je suis en train de penser à me lever pour aller chercher un morceau de chocolat, PUIS je me lève. Sauf que, trop souvent, nous sommes en pilote automatique et c’est le corps qui agit avant même que la pensée de l’action n’ait atteint l’esprit.

Le but de la méditation Vipassana est de se connecter au moment présent, en étant conscient de chaque action, pensée ou émotion, à l’instant où elles surviennent.

« […] dans la méditation de pleine conscience, les instants sans mentalisation sont assez rares, et l’essentiel du travail consiste non à faire taire le bavardage de l’esprit, mais à ne pas se laisser entraîner par lui, en l’observant au lieu de s’y identifier. L’objectif est de se rapprocher d’une « conscience sans objet », où l’esprit n’est engagé dans aucune activité mentale volontaire, mais tente de rester en position d’observateur. Ce n’est donc pas une absence de pensées, mais une absence d’engagement dans les pensées. » Christophe André

Les exercices du méditant

A mon arrivée au centre de méditation international de Chom Thong, à une heure de route de Chiang Mai, je suis accueillie par mon enseignante attitrée. D’origine ukrainienne, elle fut infirmière avant de se reconvertir suite à son expérience personnelle de Vipassana. Après un accueil chaleureux, elle me présente les exercices qui seront mon quotidien pendant toute cette retraite :

  1. Prosternation au ralenti, en décomposant et nommant trois fois chaque mouvement.
  2. Méditation marchée en décomposant le pas en 1 à 6 mouvements, pendant 10 à 50 minutes.
  3. Méditation assise en se concentrant sur la respiration abdominale (« j’inspire, j’expire »), la position assise, et différents points de contact sur le corps ; pendant 10 à 50 minutes.
  4. Pause d’une heure maximum.

Le cours préparatoire dure normalement 21 jours. Par manque de temps, j’ai pu le faire en 11 jours. C’est faisable mais intense, et sûrement plus fatiguant. Même s’il n’y a aucune obligation stricte, il est vivement recommandé de ne pas parler, de ne pas chercher à communiquer avec les autres élèves pendant la retraite. Au début, je trouve ça dur et frustrant de ne pas pouvoir partager et échanger sur ce que je vis. Et puis, plus les jours passent et plus cette solitude est la bienvenue. Chaque matin (et parfois même l’après-midi), on rencontre son superviseur pour un bref compte-rendu. Selon nos ressentis, il est capable de déterminer si notre pratique est sur la bonne voie et nous donnera ainsi des exercices supplémentaires tout en allongeant le temps de méditation. La journée commence à 4h du matin, avec le petit-déjeuner à 6h et le déjeuner à 11h. Extinction des feux à 22h.

Ces exercices permettent de mettre en pratique la théorie de la pleine conscience, dont les 4 fondements sont :

  • (corps) Contempler les actions, les mouvements ;
  • (sensations) Reconnaitre si on aime / aime pas / neutre ;
  • (esprit) Noter ce qui se passe dans l’esprit ou la conscience (passion, colère, dépression, sérénité, calme, distraction, etc.) ;
  • (objet-esprit) Observer les phénomènes de perception et de formation mentale. Ainsi, lorsqu’on pense, être conscient qu’on est en train de penser.

Extraits de mon journal de bord

  • Jour 1 : « C’est si dur ! J’ai l’impression d’être dans une prison ! J’égrène les minutes. »

En général, les pensées sont futures ou passées. Mais le corps, lui, il est toujours dans le présent. Il s’agit d’apprendre à réintégrer son corps.

  • Jour 2 : « Le doute arrive. J’en peux plus. A quoi ça sert ? Je perds mon temps.
  • Jour 3 : « Ce matin, en sortant du petit-déjeuner, j’ai croisé une nonne qui m’a dit « Oui, c’est difficile au début, mais ensuite tu vas commencer à apprécier et tu te sentiras mieux ». […] J’ai l’impression d’être en convalescence. Au ralenti, j’apprends à marcher. Je suis une cocotte-minute qui traine mon minuteur partout où je vais pour chronométrer mes exercices. »

Reconnaitre. Accepter tout ce qui se passe, mais ne pas se mettre la pression, ne pas se faire du mal si on n’arrive pas à rester concentré. Laisser-aller, lâcher-prise et accepter ses pensées. C’est normal.

J’apprends la persévérance.

  • Jour 4 : « Je suis impatiente, sauf que ce n’est pas en marchant plus vite que le temps va s’accélérer ! Ma minuterie est toujours réglée sur 25 minutes, alors autant être cool, relax, et prendre le temps de sentir chaque mouvement. […] Ce soir, doute, ennui et énervement reviennent. »

Toute chose est impermanente. C’est l’une des grandes leçons à retenir de cette retraite, que me répétait chaque jour mon professeur. Hier j’étais heureuse, aujourd’hui je suis en colère, et pourtant rien ne s’est produit de nouveau ni de différent dans mon quotidien ici. Accepter les émotions, les regarder avec du recul, en ayant conscience qu’elles ne sont pas Moi et qu’elles sont temporaires.

En fait, c’est comme un jeûne du cerveau.

  • Jour 5 : « C’est une véritable reprogrammation de l’esprit. Vais-je devenir folle ? Même après 4 jours de méditation, mes pauses sont régulièrement visitées par la colère. Et la chaleur n’aide vraiment pas. C’est dur. Les cinq jours les plus longs de ma vie. »

Rien ne dure. Même les moments de bonheur, les plaisirs, l’euphorie d’un instant sont passagers. Apprendre à relativiser. L’esprit change tout le temps.

  • Jour 6 : « J’en ai marre de jouer au yoyo. C’est fatiguant de supporter cette colère, cette impatience à longueur de journée ! Ça vient comme ça, à la moindre contrariété. Ma colère m’emporte comme une vague. Et je me bats. Et la vague est plus grande encore. Pitié ! »

Et puis soudain, je comprends que ça ne sert à rien de me battre avec ces pensées ou ces émotions négatives. Le but n’est pas de les supprimer mais d’être pleinement dans l’instant présent. Alors, quitte à m’arrêter toutes les 10 secondes, j’ai répété et répété la liste des choses qui me dérangeaient avant de continuer, puis de m’arrêter à nouveau, et encore. Petit à petit, je me calme enfin.

  • Jour 7 : « C’est malin, j’ai oublié d’allumer mon minuteur ce matin, j’ai dû marcher presque 1 heure ! ».
  • Jour 8 : « Je ne sais pas ce qui est le pire. Je les vis toutes [les souffrances] et chacune me parait insupportable : la colère, l’ennui, la douleur physique, la torpeur, le manque de sommeil, l’appel de la nourriture… […] J’ai l’impression que les jours passent de plus en plus vite. Surtout depuis que mes séances d’exercice s’allongent ; presque 2h + 1h de pause. »
  • Jour 9 : …

… je ne vous en dirai pas plus sur les 3 derniers jours de ce cours. On ne dévoile jamais la fin d’un film à quelqu’un qui ne l’a pas encore vu n’est-ce pas ? D’autant plus que celle-ci sera vécue différemment par chacun d’entre vous. Sur la fin, les journées deviennent plus intenses et l’on apprend à repousser ses limites. Non, décidément, rien n’est impossible. L’expérience est surprenante, magique, et les derniers jours resteront un souvenir gravé dans ma mémoire. Je ne peux que vous recommander de vivre vous aussi cette aventure, ça en vaut vraiment la peine !

Ressentis physiques et guérison

« Le but n’étant jamais la guérison de maladies physiques, la purification mentale peut avoir comme effet secondaire l’élimination de nombreuses maladies psychosomatiques. » Centre de méditation Dhamma Suttama

Chaque personne vit quelque chose qui lui est propre. Une chose est sûre, on ne peut y rester indifférent. Ce n’est pas une retraite de tout repos. Pour vous donner un exemple, une pratiquante venue un jour a confié à mon mentor qu’elle n’avait jamais été en colère de toute sa vie avant de venir ici. Personnellement, j’ai passé plus d’une semaine avec une surdose de colère et d’impatience ; et c’est épuisant !

« Aujourd’hui, on dispose d’un nombre relativement important d’études scientifiquement valides (comparaisons avec des groupes témoins, répartition aléatoire des sujets, évaluation avant et après les séances, etc.) attestant de l’intérêt de la méditation de pleine conscience dans différents troubles médicaux ou psychiatriques. » Christophe André

Lors de cette pratique intensive de la pleine conscience, le corps et l’esprit se nettoient et se rééquilibrent. Certaines choses remontent à la surface pour être évacuées. D’ailleurs, durant quelques jours et pendant les exercices seulement, mon corps commence à ressentir des douleurs qui n’ont rien à voir avec la position assise – au contraire, calée au milieu de nombreux coussins, je suis confortable. Et la séance de méditation à peine terminée, les douleurs disparaissent ! Parfois, l’énergie est telle que mon corps oscille et se balance tout seul. Je suis ivre. Ivre du moment présent.

« 35 minutes à me faire torturer, et dès que j’arrête de méditer tout va bien, je ne sens plus rien. Douleurs au dos, la gorge serrée, les poumons comprimés, le souffle faible, une douleur à la jambe droite. Je tiens. La séance suivante est un cauchemar. La cage thoracique compressée, une pression très forte, des instants de peur, une envie de pleurer. Je suis crevée. […] Douleurs, nausée, mal au ventre, torpeur, démangeaisons, chaleur, mal-être… Mes séances sont de la torture ! Et je continue à les ‘reconnaitre’ tout en méditant. […] J’en pleure. […] Une véritable chaudière dès que je me mets à méditer, c’est fou ! » Extrait de mon journal de bord

Tout ce que j’ai vécu est normal et fait partie du processus. Comme me l’expliquera mon professeur à la fin du cours, chaque nouvel exercice permet de déclencher certaines émotions, certaines sensations, certains états d’esprit. Ainsi, contrairement à ce que je croyais, j’étais sur la bonne voie. Vraiment, on ne contrôle rien…

Le jour de mon départ, je me sens heureuse, calme, en paix. Et surtout, il semble que la sciatique que je trainais à la jambe est en train de se guérir. Euphorique, je suis capable de déplier ma jambe naturellement en marchant, alors que cela fait des années qu’elle était bloquée malgré les nombreux ostéopathes rencontrés.

Et après ?

Il est temps de prendre des vacances ! Les quelques jours suivants je me sens vraiment fatiguée. De retour en France, je continue à pratiquer une heure tous les matins. Et puis, deux semaines plus tard, une crise d’appendicite se déclenche. Simple coïncidence ? Je n’y crois pas. Il semble que c’était latent depuis assez longtemps et grâce à la méditation, je viens enfin de me débarrasser du problème une bonne fois pour toutes ! Si mon expérience peut vous servir, parce qu’on ne sait jamais comment le corps peut réagir, faites cette retraite en fin de voyage avant de rentrer (là où vous êtes sûrs d’avoir d’excellents hôpitaux, au cas où…).

Trouver un centre de méditation

Il existe un site officiel qui recense tous les centres de méditation Vipassana du monde entier (Dhamma.org). Même s’il y en a énormément, il est nécessaire de réserver plusieurs mois à l’avance. Les sessions accueillent des centaines de participants à la fois, et les exercices se focalisent sur la méditation assise. Cependant, celui que je vous recommande à travers cet article est un peu différent.

Le centre de méditation international de Chom Tong dispense les enseignements du Vénérable Ajarn Tong Sirimangalo. Ce centre ne fait aucune publicité et fonctionne grâce au bouche à oreille. Il peut accueillir plus de 40 personnes (en chambre indépendante) et se retrouve très souvent complet. D’après tous ceux qui ont eu l’occasion de tester plusieurs centres de méditation Vipassana, cet enseignement (qui allie méditation assise et marchée, complémentaires), est l’un des meilleurs !

Au début, j’étais un peu déçue qu’il n’y ait pas de méditation de groupe car l’énergie du groupe permet d’être plus fort, de se soutenir en quelque sorte. Mais c’est une bonne chose aussi puisque chacun va à son rythme, et de retour chez soi nous sommes plus facilement capables d’organiser sa pratique, ayant eu l’habitude de la mener seule. Enfin, j’aime cette sensation d’être complètement libre et indépendant. La réussite de cette expérience dépend de nous seul. Courage !


INFOS PRATIQUES

    • Contact : reservationchomtong@yahoo.com.
    • Prix : Comme tous les centres de méditation Vipassana, celui-ci repose entièrement sur le don. Chacun est libre de donner ce qu’il peut / veut.
    • Le même enseignement est dispensé dans deux centres en Europe : Prague (contact : jothanna@hotmail.com) et Francfort (contact : silavaddhani@gmail.com).
    • Pour approfondir sur le sujet, je vous invite à lire mon article « Comment méditer » et « La méditation de pleine conscience » de Christophe André.

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7 commentaires pour “J’ai testé : 11 jours de méditation Vipassana en Thaïlande”

  1. PierreTo dit :

    Salut Laureen, content de trouver ton blog, moi qui voulais justement en savoir plus sur les ashrams en Inde !

    J’ai passé 21 jours au Wat Chom Tong, ça a été difficile mais cela m’a fait aussi un bien fou.

    Tu dis qu’il n’y a pas de méditation de groupe, ce qui est vrai mais les premier jours j’avais le droit de méditer dans le temple en face de là où l’on voit les instructeurs, la salle à côté du robinet d’eau potable, et donc je pratiquais avec d’autres et ce qui est incroyable, c’est qu’avant l’exercice de méditation proprement dit, on doit faire une prière pour ses proches, les personnes dans le temples, ses ennemies et l’humanité toute entière et qu’il m’est arrivé plusieurs fois de ressentir qu’un autre méditant à côté de moi, m’incluais dans sa prière !

    Dans cette salle j’ai eu des moments fort et j’ai vu aussi des méditants les larmes aux yeux, sous le coup d’émotion très fortes et qui à la fin avaient le visage illuminé de bonheur. Des traumatismes profonds ressortent lors de ces méditations, ils reviennent plusieurs fois et ont doit s’arrêter pour les noter, mais au fur à mesure qu’ils réapparaissent, leur intensité diminue et on se retrouve libéré !

    Ensuite on n’a plus le droit de méditer dans cette salle et l’on doit pratiquer seul, dans sa chambre, c’est dur mais nécessaire pour la pratique. Et l’autre chose surprenante, c’est que je me sent très proche de ces personnes que j’ai pu croiser, personnes avec qui je n’ai jamais vraiment parlé, on a juste médité ensemble, échangé des mots, sourires ou signe de tête, car on a pas le droit de communiquer.

    Dans ma vie j’ai rencontré pas mal de personne qui ont eu une vie normale et qui ont ensuite pété les plombs à cause de traumatisme (rupture, décès d’un proche…) et la méditation enseignée dans le Wat ChomTong pourrait les soigner et leur permettre de reprendre une vie normale, dans une société équilibré il devrait y avoir ce genre de centre dans toutes les régions !
    Mais c’est sur que cela mettrait beaucoup de psy au chômage et serait catastrophique pour l’industrie pharmaceutique !

  2. Bien écrit, j’ai eu à peu près les mêmes ressentis !

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