Carnet de voyage
octobre 23, 2016

J’habite dans un tout petit village sur la côte Ouest de Madagascar

J’habite dans un tout petit village sur la côte Ouest de Madagascar

Après quelques semaines de préparation, notre groupe de volontaires se scinde en deux et chacun est envoyé sur son site respectif, à trois heures de bateau l’un de l’autre. Le voyage depuis la capitale fut une véritable expédition : trois jours entiers passés sur la route dans deux Jeeps surchargées par nos équipements, entrecoupés de brèves périodes de travail et de repos. L’aventure commence enfin, pour le pire et le meilleur

Voyage sur des pistes accidentées

Depuis les impressionnants Tsingy de Behamara, nous reprenons la route vers le Nord jusqu’à Maintirano. La panne d’une des deux voitures repousse notre départ de deux jours. Cette dernière portion de route n’est pas très sûre et même si deux policiers armés nous accompagnent, il faut éviter la conduite de nuit. L’état de la route est si mauvais que nous pourrions facilement être pris en embuscade par les dahalo, ces bandits armés et voleurs de zébus qui sévissent principalement dans cette région. Les routes praticables ne sont plus qu’un lointain souvenir semble-t-il, et pourtant elles ont été refaites il y a deux ans grâce à des subventions européennes. Il n’en reste rien. Un habitant de la région lance en rigolant que ce sont des « routes naturelles ».

jeep-trekA 4h du matin, nous embarquons pour l’un des plus longs et des plus inconfortables trajets que j’ai jamais fait jusqu’à présent. Douze heures à sauter littéralement sur mon siège. J’ai l’impression d’être dans une machine à laver, et la poussière a remplacé l’eau. Roulant toutes fenêtres ouvertes, nos visages se couvrent progressivement de la terre rouge ocre qui vole au passage de la voiture et s’infiltre jusque dans les narines et la gorge. Arrivés dans la petite ville de Maintirano, la douche est notre plus belle récompense !

Une vahaza au village

Au départ de Maintirano nous sommes déposés dans notre village en bateau, croisant au passage quelques dauphins. Sur la côte, au bord du Canal du Mozambique, le décor dans lequel nous débarquons ressemble à une île déserte à la végétation basse et aride. Quelques cases se dressent ici et là, plantées sur le sable, comme un mirage sous le soleil brûlant. Après le déjeuner, où tout le monde mange dans le même plat de riz avec une cuillère à soupe (femmes et hommes séparés), nous marchons jusqu’au village principal situé 1km plus haut, qui recense environ 400 habitants. Bienvenue à Sohany ! Les visites de courtoisie auprès des personnalités locales reprennent, que ce soit le maire, le docteur ou les aînés, toujours très respectés dans la culture malgache. Me voilà, la vahaza à la peau blanche, l’étrangère qui déclenche rires et sourires sur son passage.

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Santé et insécurité

La semaine précédente, deux médecins nous ont présenté les risques sanitaires et les maladies fréquentes dans la région. La liste est longue : paludisme, diarrhée (dysenterie, fièvre typhoïde, turista, etc.), grippe, morsure de chien (ou de crocodile) et rage, etc. Sans parler des attaques possibles des dahalo dont la menace plane sur le calme ambiant. Bref, à les entendre, on finit par se demander si on va sortir de là indemne !

Un jeune gendarme de 20 ans, Sahaza, me raconte avoir tué son premier homme en août, un dahalo armé qui refusait de se rendre. Le village a demandé au district voisin la présence d’une brigade sur place, au cas où, en échange d’une petite taxe ; la corruption se glisse partout. Lors d’une réunion du village, le chef des gendarmes illustre d’un coup de fusil en l’air (qui me laisse sourde quelques secondes) qu’il n’hésitera pas à tirer sur tout voleur de zébu. On recommande aux parents d’éduquer correctement leurs enfants, et un vieil homme donne l’exemple de son fils, tué, qu’il n’avait pu remettre sur le droit chemin.

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Des conditions de vie très basiques

maison-madagascarNotre logement consiste en deux pièces communicantes situées dans la maison du maire. Posé sur les murs plâtrés poussiéreux qui viennent d’être repeints à la chaux, le toit est une structure en bois et en feuilles de palmier, et l’absence de plafond permet la libre circulation de l’air, du bruit et de la poussière. J’installe mon matelas par terre, protégé d’une moustiquaire, et mes affaires sur une petite table. Dans l’autre pièce, où loge le seul garçon du groupe, on aménage le coin cuisine. Les toilettes sont à 100m, dans un bâtiment en dur ; un simple trou au fond duquel les cafards grouillent. La douche est un petit enclos juste derrière la maison avec des paravents en bambou. Dès la nuit tombée, le moment que je préfère arrive. Avec un seau rempli de tout juste quatre litres d’eau, je pars me laver et me rafraîchir sous le ciel étoilé à la lumière du clair de lune. La nuit est calme et parfois, une étoile filante s’échappe dans la voie lactée.

Notre budget alloué permet d’employer des porteurs pour aller remplir les bidons d’eau au puits. Les premiers jours, les deux malgaches de mon groupe (étudiants originaires d’Antananarivo) sont plus à l’aise que moi avec la gestion et l’organisation des seaux d’eau et des bassines pour la cuisine, la vaisselle ou la lessive. En effet, même chez eux, dans la capitale, ils n’ont pas tous l’eau courante au robinet. Et puis je finis par m’habituer.

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Ici, l’électricité provient soit du soleil, soit du pétrole. Le docteur a installé un véritable panneau solaire et permet aux jeunes du village de regarder des films chez lui en fin de journée. D’autres ont de petits panneaux solaires tout juste bons à charger un téléphone portable. Quant à nous, on fait marcher notre générateur de temps en temps pour recharger les appareils électroniques. Le réseau internet est insuffisant et c’est bien la première fois que je regrette de ne pas posséder de smartphone.

Une journée au rythme du soleil

A 6h du matin, le soleil se lève et les coqs, les voisins et la musique ont raison de ma nuit. La famille du maire vend presque tous les jours du thé et du café, des beignets de farine ou des pains briochés réconfortants que je mange avec du miel sauvage. Mais la plupart du temps, mon petit-déjeuner fait maison est un bol de riz mouillé (vary soso) avec des bananes, de la cannelle et du miel.

L’air est chaud et sec, bien différent de l’ambiance tropicale de l’Asie du Sud-Est. Les journées passent selon le même rythme lent. Comme les locaux, j’apprends à regarder le temps passer. J’observe le zébu qui traverse lentement la cour, ou mes voisines chassant les poules qui s’aventurent à grignoter le manioc étalé au soleil. Ma montre a fini au fond du sac, inutile. Devant chez nous, assise à une table, j’accueille les visiteurs et amis qui viennent échanger des sourires à défaut de paroles ou discuter un moment dans un mélange de français et malgache. Ce petit village n’offre aucune distraction et pourtant, je ne parviens pas à leur expliquer le verbe « s’ennuyer ». Attendre, discuter, regarder les gens passer et préparer à manger, voilà notre quotidien en dehors de nos périodes de travail.

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Parfois, nous descendons sur la plage pour regarder le coucher du soleil vers 18h. Les enfants rient et posent devant mon appareil photo jusqu’à ce que l’océan ait englouti l’astre rose.

Les familles se rassemblent pour dîner autour d’un feu de bois vers 19h avant d’aller se coucher. Quant à nous, on tombe de sommeil à 21h passé. Les villageois veillent plus tard durant la pleine lune, quand la nuit s’éclaire et prend un autre visage, et l’on entend alors les enfants jouer dans les rues. Le soir, de grandes chauves-souris chassent autour du grand arbre à côté de chez nous. C’est un magnifique ficus avec de grandes racines échasses pour le soutenir. Sacré lui aussi, il me fait penser à l’arbre du film Avatar. Le matin, les oiseaux s’y retrouvent pour chanter pendant que les enfants s’amusent à les chasser à coups de lances-pierres. Marcellin, un jeune de 14 ans avec qui je me suis lié d’amitié, a finit par en attraper un, un joli pigeon vert, qui finira bientôt rôti. Ici, pas de sentimentalisme, tout animal sauvage est une source de protéines.

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2 commentaires pour “J’habite dans un tout petit village sur la côte Ouest de Madagascar”

  1. Tribu Bricard dit :

    Article très bien écrit. Merci pour ce récit. J’ai adoré le lire.

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