Carnet de voyage
janvier 15, 2017

La communauté malgache rurale face au climat

La communauté malgache rurale face au climat

Cette expérience de stage à Madagascar au sein du WWF, l’organisation mondiale pour la préservation de l’environnement, fut une expérience intense et enrichissante. Au cours de ces trois mois passés auprès des villageois, à vivre à leurs côtés au quotidien, nous avons peu à peu pris conscience des problèmes auxquels ils sont confrontés et de leurs principaux besoins…

Les pêcheurs, la mer et l’Industrie

Quand le froid annonce Noël dans l’hémisphère Nord, la saison estivale s’installe à Madagascar. Ici, l’été rime avec pluie et forte chaleur. Dès le mois de novembre, le vent souffle plus fort, la mer est agitée et les vagues ne permettent plus aux petites pirogues de naviguer. On se retrouve alors à passer plus de temps avec les villageois d’Andriaky, ce campement d’environ 170 habitants situé en contrebas au bord de la plage. Il est composé à majorité de Vezo, un peuple nomade originaire du Sud-Ouest de Madagascar qui vit de la pêche.

Mickael, jeune pêcheur de 25 ans, gagne entre 500 000 et 1 000 000 Ar par mois (environ 150 à 300€), ce qui est une somme importante dans ce milieu. Cependant, au lieu d’investir et de mettre de côté pour l’avenir, il profite de sa jeunesse. Rares sont les gens qui pensent sur le long terme parmi la communauté.

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Sans en connaître les causes ni le fonctionnement, les pêcheurs subissent déjà le changement climatique. Le vent souffle beaucoup plus fort qu’avant, ce qui réduit considérablement le nombre de jours passés en mer à pêcher. Ils remarquent aussi que les ressources marines diminuent. Trop proches de la côte, certains jours, jusqu’à quatre chalutiers-crevettiers pêchent, traînant des filets de 5m de haut et 10m de large, sur 2 à 3km. Ils pêchent tout ce qu’ils attrapent, gardent les crevettes et quelques poissons de choix puis rejettent le reste à la mer, mort. Quand la mer est trop mauvaise et le poisson rare, les petits pêcheurs partent vers ces bateaux pour récupérer… du poisson congelé ! Maigre dédommagement pour le pillage des fonds marins et les dégâts causés à leurs matériels. Un jour, Abdo, un ami pêcheur et notre piroguier lors de nos excursions, nous informe s’être fait attrapé l’un de ses filets d’une valeur de 100€.

Tant qu’ils ne s’organiseront pas en coopérative ou syndicat pour faire entendre leur voix, ils ne pourront rien faire d’autre qu’observer et subir.

Les besoins de la communauté

Pauvreté et joie de vivre

Avec une partie des villageois d’Andriaky, une bonne cohésion de groupe s’est formée au fil du temps. En fin d’après-midi, on descend parfois les rejoindre pour discuter ou jouer au volley. Les mères tressent les cheveux de leurs filles, d’autres mangent de petites dattes fraîchement cueillies, et je me plais à les regarder rire et plaisanter entre eux.

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Dans ces petits villages, les journées passent et suivent le même rythme. Le soleil traverse le ciel pour plonger le soir dans l’océan, et puis le lendemain recommence, et ainsi de suite. On a tout le temps, le temps de vivre. Bien sûr, les gens sont pauvres, si l’on considère la richesse en termes de moyens matériels, d’infrastructures et d’accès à des soins de santé corrects. Pauvres et heureux semble-t-il, vivant au jour le jour, au beau milieu de la nature qui les nourrit et dont ils tirent profit, entourés et soutenus par leur famille et la communauté. Au quotidien, ils évoluent avec le sourire et dans la bonne humeur.

Ici, on me présente une sœur qui est en réalité une cousine, et une mère qui s’avère être une tante. Les familles prennent de telles proportions et je me perds parmi les branches des arbres chronologiques. Certains enfants sont élevés par d’autres parents ou une marraine même si leur famille biologique habite au village.

La pauvreté et la misère, c’est principalement à Antananarivo qu’on la retrouve. Dans la capitale, les gens survivent en mendiant ou en volant. D’ailleurs, à l’occasion du 16ème Sommet de la Francophonie (fin novembre), les sans-abris ont été déplacés et cachés de la scène internationale :

« En début de semaine, le ministère de la population et la commune urbaine d’Antananarivo sont descendus dans les rues des quartiers de la capitale pour reloger les sans-abris. […] Malgré tout, la capacité d’accueil est insuffisante pour tous les sans-abris des 6 arrondissements de la capitale qui sont estimés à plus de 1047 […] A priori, la mesure ne devrait pas faire polémique. Mais sur les réseaux sociaux, les internautes reprochent aux autorités de vouloir cacher la pauvreté de la capitale avant le sommet de la francophonie. » Raissa Ioussouf, BBC Afrique

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Dans la ville voisine, à Maintirano, je discute avec des personnes qui viennent du même village et dont les enfants ont « réussi », avec de bons postes ou des métiers à l’étranger. Mais par quel miracle ? Un peu de volonté et d’organisation, travailler dur pendant les vacances scolaires, préparer des poissons de meilleure qualité (en améliorant les processus de salage et trempage) vendus alors plus cher à Morondava, être capable de planifier, d’économiser, et encourager l’éducation des enfants. Dans certains campements de Vezo il n’y a pas d’école (ni de centre de santé, ni d’épicerie, etc.) ; les parents se disent que de toutes façons, leurs enfants seront pêcheurs comme eux et les générations précédentes.

Une levée de fond réussie !

Au cours de notre première semaine sur place, les anciens du village nous mettent au courant de la situation actuelle et des besoins. Juste en face de chez nous se tiennent les ruines d’un marché, détruit par un cyclone il y a plus de cinq ans. En l’absence de ce marché, les produits sont vendus par les villageois qui font du porte-à-porte et parcourent de longues distances à pied ou en pirogue pour faire le tour des campements aux alentours afin d’écouler leurs marchandises.

La construction nécessite plus de 1000€. Défi accepté, je lance une levée de fonds auprès de proches ce qui me permet d’acheter tout le matériel nécessaire, ainsi que des cuves en plastique de 250L pour rénover trois puits. La commune participe aussi en prenant en charge le coût de la main d’œuvre. Ce nouveau marché va permettre de résoudre le problème d’enclavement de la localité, et créer un lieu de ravitaillement et de ralliement entre les villageois.

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Chasse, cueillette et culture : enquête

Par curiosité, je mène une enquête auprès de nombreux villageois afin d’en apprendre plus sur leur rapport à la nature, leur impact et leur manière de vivre (ou survivre). La moitié sont des pêcheurs, l’autre moitié des agriculteurs. Voici leurs réponses :

Quels sont les produits que vous tirez de la nature ?

Miel (de mangrove ou de forêt sèche), tangue (hérisson), ibis dorés et autres oiseaux, poissons, eau, bois (vivant et mort), feuilles, jus de palmier, igname sauvage, crabes, crevettes, et potamochère (sanglier).

Qu’est-ce que vous cultivez ?

Manioc, maïs, riz, coco, mangues, papayes, pois, citrouille, canne à sucre, patates douces. Sans parler des éleveurs de zébus. Certains font de la culture maraîchère dans des jardins et cultivent tomates et oignons verts.

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Problème : les dahalo compromettent la sécurité

Le village a demandé la présence des gendarmes mais, comme si les services de la police étaient à louer, on demande aux villageois de payer une petite taxe supplémentaire. L’insécurité est le problème principal dans la région et compromet l’avenir des agriculteurs qui manquent parfois la période des récoltes en s’absentant lorsque les dahalo sont dans les parages. Plutôt que d’épargner à la banque, on place son argent dans des zébus. Dur dur pour ceux qui se font voler la moitié de leur troupeau. Et parfois, quand la jalousie et la rancœur brisent les règles tacites d’entraide au sein de la famille, l’un des complices dahalo s’avère être un lointain parent.

Mi-novembre, on entendait parler des attaques et des vols des dahalo un peu partout dans les campements environnants. Un vieil homme s’est fait voler ses deux zébus de charrette. Il en a retrouvé un et s’en est allé acheter un autre en ville… à 100km de là, à pied ! Remarque, à choisir, entre une journée et demie de marche ou dix heures assise sur une pirogue au milieu des vagues en pleine mer, je pense que je choisirais aussi la marche. Les gens sont habitués ici à couvrir de longues distances à pied.

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Le changement climatique est bien là

Avec l’arrivée des premières averses, le ciel, lavé, prend de jolies teintes bleues. En fin de journée, la lumière vire au jaune et j’ai l’impression d’observer le paysage à travers un filtre photo. Certaines nuits, le ciel semble se déverser sur nos têtes, mais jusqu’à présent, le toit tient le coup. Le soir, les éclairs flashent dans le lointain tandis que les orages grondent en pleine journée sous un beau ciel bleu.

Est-ce que la nature et le climat ont évolué depuis que vous habitez ici ?

Oui, les ressources, la végétation et les animaux sont en diminution. La productivité agricole s’est affaiblie et il est plus difficile d’avoir un bon revenu à travers l’agriculture ou la pêche. Une femme nous dit qu’avant, il lui suffisait d’une heure pour remplir une petite cuvette de poissons d’eau douce. Maintenant, cela lui prend trois heures ! La saison des pluies est plus courte et le manque d’eau se fait parfois sentir, quoique, c’est très variable aussi d’une année sur l’autre et on ne sait plus quelle est la norme. D’après un ancien du village, les températures sont plus marquées maintenant, il fait à la fois plus chaud ou plus froid ; et il me raconte ça avec une couverture sur les épaules quand, pour une fois, je profite de l’air plus « vivable » en tee-shirt…

Ce n’est qu’un au revoir…

stage-wwf-madagascarAprès ce séjour auprès des habitants de ce tout petit village sur la côte Ouest de Madagascar, et de l’équipe du WWF, il est temps de repartir. Il aura fallu un peu de temps pour que méfiance et réserve tombent. Mais ensuite, les sourires pleuvent, les cœurs s’ouvrent, les parties de volley et les rires s’enchaînent, et la barrière de la langue n’y change rien ! Ils ont conquit mon cœur, et moi le leur. Le départ est difficile, et je compte bien continuer à apprendre le malgache en prévision de mon prochain voyage là-bas, un jour…

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2 commentaires pour “La communauté malgache rurale face au climat”

  1. martin dit :

    Super expérience. Bravo
    Quel est ton futur projet ?
    Je rentre de 15 jours en Birmanie : juste exceptionnel
    très bonne année pendant qu’il en est encore temps.
    Dominique

    • Bonjour Dominique ! Ah, je vous envie d’être allée en Birmanie, ça semble si beau oui.
      Pour l’instant, je suis en phase d’introspection. Je ne sais pas sur quel pied repartir. J’envisage de chercher un travail plutôt qu’un nouveau voyage, mais je ne sais pas encore quel genre d’emploi précisément. Une ONG ou association internationale avec un volet environnement me plairait beaucoup, comme chargée de projet. Je cherche…
      Bonne année à vous aussi !

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